IX. LES ACTES DE DIEU

A. L’idée d’un acte de Dieu

· La théologie moderne a insisté sur les actes de Dieu, quelquefois en négligeant ses paroles. Pour éviter la théologie " statique " essentielle, on a cherché à développer une théologie plus " existentielle ", fondée sur les actes de Dieu. Cet argument a été fortement soutenu par le fait que le mot dabhar est polysémique et peut être traduit " parole " ou " acte ". On a donc argumenté que la Bible est le livre des actes de Dieu, dans laquelle nous trouvons la compréhension de la foi (G.E. Wright, G.Ebeling).

Personne ne contestera que dans la Bible il est question de Dieu qui agit pour le salut de son peuple16.

Quelques remarques :

1. La distinction acte/interprétation : L’acte en question peut être naturel et non pas une intervention directe de Dieu : Quel est le rapport entre ceci et l’interprétation ?

2. Le contenu d’un acte de Dieu : Comment distinguer entre l’acte de Dieu et les circonstances providentielles. Il devient difficile de définir un acte de Dieu. On ne peut pas réellement affirmer qu’une chose s’est passée telle que la Bible le dit, sauf si l’on croit qu’il y a dans la Bible une interprétation divine des actes, et c’est la notion que l’on veut éviter.17

3. - Si la Bible est le livre des actes de Dieu, de qui est le livre ?

B. Peut-on définir un acte de Dieu comme étant uniquement extérieur à Dieu ?

1) Le travail de la création - l’acte suprême - ne marque pas le début de l’activité de Dieu, qui agit éternellement.

a) La communion d’essence dans la génération du Fils et la procession de l’Esprit sont des actes de Dieu. La communion trinitaire est une existence d’activité absolue. Ces actes sont immanents à Dieu. Ils n’ont pas de rapport avec les réalités existant en dehors de Dieu. Il est indépendant et suffisant à Lui-même (Ac 17 : 20). Dieu est l’acte pur.

b) Le conseil de Dieu indique le rapport entre les actes internes de Dieu et les actes extérieurs à Lui. Le conseil de Dieu Lui est secret, mais il touche aux actes de Dieu réalisés dans la création, la providence et la rédemption :

- le contenu du conseil divin se réalise en dehors de Dieu, à cause de la connaissance éternelle de Dieu, qui lui est secrète. La réalisation du conseil de Dieu dans l’actualité est dépassée par le " possible " dans l’intelligence infinie de Dieu. La sagesse de Dieu dans son conseil dépasse la manifestation (Mt 19 : 26).

- c’est la souveraineté absolue de Dieu qui forme le contexte de son conseil. Le conseil éternel est celui de Dieu, qui a la puissance d’accomplir ce qu’il veut (Ap 4 : 11). Le conseil se réalise dans l’histoire et ainsi il constitue le lien entre Dieu et le monde, qui maintient la souveraineté de Dieu et la dépendance de la créature (Hb 11 : 3).

c) Le conseil de Dieu présenté dans l’Ecriture ne nous donne pas une description abstraite, mais il présente les actes de Dieu dans leur réalisation historique. Quand Dieu agit, il le fait selon son conseil. L’élection est un fait de l’histoire, non une théorie basée sur une philosophie abstraite.

- l’A.T. présente l’élection de Seth (Gn 4 : 25s) et le rejet de Caïn comme l’expression historique du conseil de Dieu. C’est la vocation d’une ligne, d’un homme, d’un peuple qui nous est présentée dans sa réalisation, selon la pré-connaissance divine.

Souvent la prophétie présente la réalisation future sous la forme de la promesse. Si le conseil de Dieu est secret et Lui appartient, il est révélé aux hommes dans son accomplissement (Es 46 : 10 ; Ps 33 : 11 ; Pr 19 : 21).

- le N.T. parle encore plus clairement en précisant la nature éternelle du conseil, son application individuelle et personnelle, ainsi que son but final.

Passages à étudier : Ep 1 : 11 : boule//plan , conseil/ thelema, la volonté de Dieu comme telle. Lc 2 : 14 ; Ep 1 : 5-9 : eudokia, le " plaisir " de Dieu. Rm 8 : 28 ; 9 : 11 : prothesis, le but objectif de la volonté de Dieu. 1 Pi 1 : 2 : prognosis, la prescience. Mt 13 : 20 ; Ac 9 : 15 : ekloge, élection en tant que telle. Ep 3 : 11 ; 1 : 4 : proorismos, prédétermination, ordination. Il semble clair que ces passages, qui ne peuvent être tous évacués, montrent que le but de l’élection est la vie éternelle, et que le moyen de la réalisation est l’accomplissement du salut en Christ. Le moyen et le but sont tous les deux inclus dans le plan éternel de Dieu.

C. Définition du conseil de Dieu

· Le conseil de Dieu est son décret éternel, par lequel il ordonne tout, selon la décision de sa volonté. L’Ecriture affirme partout que ce qui se passe dans l’histoire est la réalisation du conseil éternel de Dieu (Job 28 : 27 ; Pr 8 : 22 ; Ps 104 : 24 ; Pr 3 : 19 ; Jr 10 : 12 ; 51 : 15 ; Hb 11 : 3 ; Ps 33 : 11 ; Es 44 : 24ss ; 46 : 10 ; Ac 2 : 23 ; 4 : 28 ; Ep 1 : 11).

Les actions humaines se fondent sur la délibération humaine, et dans un sens plus élevé l’histoire a son origine dans la délibération de Dieu. En dehors de la connaissance et de la volonté de Dieu rien ne se passe. Le conseil de Dieu est efficace (Ps 115 : 3 ; Es 14 : 27), immuable (Es 46 : 10 ; Jc 1 : 17) et indépendant (Mt 11 : 25).

1. Il faut faire une distinction entre le conseil même de Dieu et son accomplissement. Le conseil de Dieu est son œuvre, cachée de l’homme ; il reste un mystère pour nous. Comme œuvre de Dieu, il est éternel. L’éternité est différente dans sa qualité que la temporalité. Il ne faut pas penser le conseil comme un acte de Dieu qui appartient au passé, pas plus qu’il ne faut penser ainsi de la génération du Fils. Ces actes de Dieu sont éternellement achevés, mais perpétuent toujours séparés et au-dessus de l’histoire. Le conseil éternel de Dieu comprend non seulement ce que nous appelons le passé, mais aussi l’avenir. C’est la volonté divine en action. C’est Dieu qui délibère et agit.

2. Le conseil de Dieu a pour contenu et objet l’univers créé, duquel Il est la cause efficace. Le bon plaisir de Dieu est l’origine ultime des choses créées que Dieu appelle en existence (So 3 : 2). La réponse finale à toutes nos questions se trouve dans la volonté de Dieu. Il y a un conseil de Dieu, mais sa réalisation dans le temps est multiforme. Sa conception est simple, mais le résultat montre la richesse divine (Ep 3 : 18s).

D. La providence de Dieu

· Il existe un nouveau réalisme aujourd’hui, qui se manifeste dans la crise de l’optimisme. Ce réalisme est athée dans son désir d’accepter la réalité de la situation du monde, comme l’optimisme a été athée dans son refus de la réalité. L’homme moderne choisit le tragédie mais non la repentance, le désespoir mais non la culpabilité.

Pouvons-nous continuer à parler de la providence de Dieu ? Les Ecritures nous enseignent que le désespoir est un résultat de l’aliénation qui existe entre l’homme et Dieu. L’homme est étranger dans le monde d’ou il a voulu bannir Dieu. La sécularisation est à la base de cette aliénation. Il y a trois motifs :

- le motif scientifique : la science naturelle est le pont que beaucoup ont traversé vers l’incroyance. L’opposition entre la science et le gouvernement de Dieu (notion pré-scientifique) est une source de la crise de l’incroyance.

- le motif projection : pour l’homme moderne la religion n’est qu’une projection de la subjectivité de l’homme. Le religion est une illusion qui aide l’homme à s’échapper de sa misère (Marx et Freud).

- le motif catastrophe est le plus contraignant : l’expérience de l’homme moderne, son observation du non-sens du monde, ses cataclysmes, semble réfuter l’idée qu’il y a une logique, un sens dans l’histoire. Ainsi, nous constatons qu’il n’y a pas de terrain neutre sur lequel nous pouvons connaître Dieu. Sans Dieu, il est impossible de connaître sa providence. Avant de connaître Dieu dans ses actions dans le monde, il faut le connaître dans ses actions dans le renouvellement de notre intelligence.

1. Le côté positif de la providence : le gouvernement. (Ep 1 : 11 ; Hb 1 : 3) Dieu gouverne le monde par sa Parole (Ps 147 : 15), mais aussi par des agents personnels - Christ, les anges et les hommes. Le gouvernement de Dieu n’est pas une puissance neutre et absolue, mais Dieu gouverne par des moyens qui l’engagent personnellement. La providence sert à manifester la grâce de Dieu envers les hommes, c’est en vue de l’Evangile. Même l’Etat quand il gouverne justement, est au service de l’Evangile, peut être sans le savoir. Dieu n’est pas limité par le péché des hommes non plus. Il vainc le péché en faisant de ses ennemis des outils qui servent dans le salut.

2. Le côté négatif : la préservation : Dieu n’est pas un propriétaire absent, il est présent pour retenir le mal et empêcher la victoire ultime de ce qui travaille contre son salut (Né 9 : 6 ; Ps 36 : 6 ; Co 1 : 17).

Dieu préserve le monde pour accomplir son règne. On ne discerne pas dans les événements comment Dieu soutient le cosmos, mais cette action de Dieu est une réalité selon l’Ecriture. Cette action de Dieu en préservant le monde est essentiellement une continuation de la création. Ce besoin est plus nécessaire après l’intervention du péché qu’avant. Après la chute, la préservation prend un aspect de grâce. Il y a deux limites à la préservation dans l’Ecriture (Mt 24 : 37) ; le déluge est une limitation de la patience de Dieu (Gn 6 : 3) et la venue de Christ est la deuxième limitation de la préservation (2 Pi 3 : 5). Le monde sera jugé par la Parole Entre le déluge et le jugement, nous avons l’époque de la patience divine, de la grâce générale de Dieu. Cette doctrine est capitale pour aujourd’hui : elle affirme que le monde n’échappera pas à la volonté de Dieu dans un krach cosmique et que Dieu mène son plan à une fin ordonnée. Si nous croyons en Dieu, pouvons-nous être en un état de psychose devant une catastrophe nucléaire ?

E. Les miracles

· Le problème des miracles est un problème de définition. Hume a dit que les miracles constituaient " une exception ou une violation de la loi naturelle ". Avec cette définition, il devient possible de nier l’existence des miracles, en établissant qu’il n’y a pas d’exceptions à la loi naturelle. Ainsi la science moderne a rejeté la notion de miracle. L’absolutisme de la science naturelle (pas d’intervention dans un monde clos) est le fondement de la pensée anti-surnaturelle. Les miracles sont des événements mythologiques et sont rejetés au fur et à mesure que la compréhension de l’homme s’accroît. Désormais, la nature intervient et forme une partition entre Dieu et l’homme. Tout peut être expliqué par référence aux causes secondaires.

1. La position réformée

· Un miracle est un événement dans le monde extérieur, accompli par l’intervention immédiate de la puissance de Dieu. Le miracle n’est pas en premier lieu un acte merveilleux, mais un témoignage de la puissance de Dieu (l’incarnation n’est pas importante comme acte de Dieu, mais comme témoignage de la présence de Dieu). Les miracles peuvent être des actes directs, mais ils sont parfois indirects.

a. Nous ne savons pas tout sur ce que la nature peut ou ne peut pas faire. Pouvons-nous dire qu’il n’y a pas de puissances naturelles qui agissent, simplement parce que c’est un miracle ? Bavinck rejette l’idée d’une concurrence entre les forces de la nature et celles de Dieu.

b. Le chrétien ne peut pas admettre qu’il y a des réalités qui peuvent être expliquées sans référence à Dieu. Puisque toutes choses s’expliquent à cause de leur rapport avec Dieu, il est difficile de définir les actes directs et indirects de Dieu. Kuyper s’attaque à l’idée que les miracles sont des actes occasionnels. Dieu peut, à cause de sa volonté, à un moment donné, disposer des faits différemment qu’auparavant. Le miracle ne l’est pas pour Dieu, mais pour nous.

2. Quelques propositions

a. Les miracles ne sont pas contre la nature. Il n’y a pas de suspension de la loi naturelle pour créer les conditions où Dieu fait une intervention miraculeuse, mais la puissance de Dieu dispose de ces lois pour leur donner un ordre nouveau.

b. Les miracles dans l’Ecriture sont essentiellement contre le péché. Leur signification réelle n’est pas dans leur caractère étonnant, mais dans leur aspect rédemptif et instructif. Ils sont des actes de salut qui concrétisent la confrontation du royaume des ténèbres et celui de la lumière. Leur sens se trouve dans la rédemption et l’établissement du royaume de Dieu. (Ex 34 : 10 ; Ps 72 : 18 ; 77 : 13 ; 86 : 10 ; 136 : 4 ; Mt 12 : 10 ; 8 : 13 ; 9 : 28s). Les miracles nous étonnent parce que nous sommes habitués à l’anormalité du péché et à sa malédiction de mort et de peur. Dans le salut en Christ, la vie est restaurée, la création est renouvelée, la malédiction est vaincue (Mt 11 : 4-6 ; Mc 8 : 9 ; Lc 10 : 18) Le miracle n’est pas une preuve qui s’adresse à l’intellect incroyant de l’homme, mais il est un appel à l’homme, qui doit prendre une décision au sujet du salut en Christ.

3. Une comparaison

· Nous pouvons faire la comparaison entre les paroles et les actes de Dieu. La révélation spéciale se déroule dans le contexte de la révélation générale de Dieu. De même, les actes miraculeux se déroulent dans le contexte de la providence générale de Dieu. L’homme pécheur n’est pas capable de comprendre, ni la révélation générale ni le providence, sans l’acte spécial de Dieu.

a. La providence est la présupposition du salut, comme la révélation générale est la présupposition de la Parole de Dieu.

b. Le miracle dans l’histoire du salut atteste l’action de Dieu et demande la repentance et la foi. Il s’accompagne pas les paroles de salut. Les paroles qui interprètent le salut de Dieu en Christ, nous interprètent aussi le sens du miracle. Les miracles s’associent étroitement à l’accomplissement du salut. Ceci est frappant dans l’Ecriture même où les miracles ne sont pas distribués également dans toutes les parties de la Bible. Ils sont présents avant tout aux grands moments de la rédemption, comme l’exode ou l’incarnation. En dehors de ces points " chauds " où l’opposition du mal est avant tout ressentie, les miracles sont assez peu fréquents.