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IV. LETRE DE DIEU ET SES ATTRIBUTS A. LEtre de Dieu · En parlant de lEtre de Dieu, ce que nous voulons proposer nest pas une analyse de la nature de lEtre que nous appelons Dieu, mais tout simplement le fait quil est. Il est dans le sens le plus absolu, ultime et primordial de lexistence. LEtre de Dieu se dissocie de toute idée dêtre devenu ou de devenir Dieu. Dieu seul est, éternellement. Dieu nest pas ce quIl est parce quIl est devenu ainsi ; Il est être pur et simple. La raison et le sens de lexistence de Dieu sont que Dieu est à cause de Lui-même, en Lui-même. Dieu ne dépend pas de faits extérieurs à Lui pour son existence. Dieu est " a se ipso " - il a le caractère de laséité. Cette pensée a été exprimée ainsi : " Dieu existe en Lui-même et se suffit à Lui-même ". Cela nest pas le cas pour nous ! Dieu-YHWH est le même dans sa révélation, et ceci indique que Dieu demeure le même dans son Etre.La différence entre Dieu et les autres êtres existants consiste en ce quils sont devenus des êtres. La raison de leur existence ne se trouve pas en eux-mêmes. La chose la plus fondamentale que lon puisse en dire nest pas quils sont, mais quils sont devenus. Leur existence ne peut être expliquée en dehors de leur origine, cest à dire lEtre de qui ils tirent leur origine, et par qui ils continuent à exister. Le fait de leur existence ne sexplique pas en soi-même. Le Nom " Je suis " est donc particulier à Dieu parce que tout autre être détient son existence dun fait en dehors de lui, est sujet à mutation et ne contient pas en soi son sens. B. La personnalité de Dieu · Dieu est : Il est absolu, ultime, indépendant, sans origine. Ces caractères pourraient nous suggérer que Dieu est un Etre impersonnel. Pourtant considérer Dieu comme une puissance impersonnelle serait un contresens à la lumière da la vérité exprimée dans le " Je suis ". Dieu sidentifie comme celui qui loin dêtre un principe immuable est un Dieu agissant dans lhistoire, et dont lexistence sexprime à travers les étapes du processus historique.C. Dieu est Unique · On peut dire de Dieu seul quIl est, quIl se connaît et sidentifie. Le titre " je suis " appartient à Dieu et à Lui seul. Il nest aucun autre être qui soit son égal ou qui pourrait être au-dessus de Lui (Es 44 : 6-11 ; 46 : 9 et ch. 45). Quand donc nous parlons de lEtre de Dieu, nous ne le faisons pas pour parler abstraitement dun être immuable, mais pour indiquer que Dieu seul est lEtre qui existe en Lui-même.D. LEtre et lessence de Dieu · La théologie a traditionnellement fait une distinction entre lEtre de Dieu et son essence. " Etre " est employé pour décrire la vie de Dieu manifestée dans ses actions. " Essence " indique la nature même de Dieu, possédée par lEtre qui est Dieu. Son sens est donc plus statique. Parler de lEtre de Dieu semble préférable, quoiquon puisse légitimement employer " essence " pour décrire ce que Dieu est essentiellement. Pourtant il ne semble pas souhaitable de séparer être et essence pour penser que lEtre de Dieu serait un des aspects de son essence une addition à ce que Dieu est essentiellement. " Etre " exprime ce que Dieu est, et se manifeste comme tel, tandis que " essence " indique plutôt ce que Dieu est, quelle est la nature dans lEtre qui se manifeste. Nous ne connaissons la nature de Dieu que par sa révélation et perdons notre temps en cherchant à aller derrière la manifestation de Dieu pour essayer de considérer dans son essence comme dans un vide. La connaissance de Dieu dans son " essence " en dehors du " pour nous " est une abstraction.E. LEtre et les attributs de Dieu · LEcriture ne sépare jamais lEtre des attributs de Dieu. Cest à dire que lEcriture nétablit pas de distinction entre lexistence ontologique de Dieu et ses manifestations dans léconomie de lhistoire du salut. Nous pouvons parler de la nature de Dieu en considérant ses attributs. La nature divine se montre par le moyen de ses attributs, qui sont reconnus par lhomme dans la révélation. La théologie de lEglise primitive associait les attributs de Dieu à son Etre. De même Augustin dit que lessence divine comprend tous les attributs. Plus tard, on sest posé la question de savoir quel attribut est fondamental, comme point de départ des autres :1) Lessence : linfluence de Platon poussa Philon et Origène à proposer que le fait dexister est lattribut le plus fondamental de Dieu. Les penseurs scolastiques et les Réformateurs ont pris laséité comme étant la racine des autres attributs. 2) La volonté : Dieu est à lorigine de toutes choses, car il les a voulues ainsi. La volonté est lattribut primordial de Dieu qui conditionne les autres. Cette idée se trouve chez Socinius, elle est aussi typique du déisme. 3) La justice éthique : ce qui est capital en Dieu, cest sa perfection morale. Le christianisme est une religion de perfection. Cette idée qui sort du piétisme des réveils exerça une influence sur le libéralisme du 19e s. Par un autre retour tout aussi bizarre, le libéralisme a influencé le christianisme évangélique de sorte quaujourdhui lamour est considéré, en pratique, lattribut essentiel de Dieu. F. Les rapports entre lEtre et les attributs de Dieu · Il est important de comprendre le rapport entre lEtre et les attributs de Dieu pour bien maintenir la distinction entre Dieu et les autres êtres. Il y a, semble-t-il, deux extrêmes à éviter :1) Tout dabord, il ne faut pas représenter Dieu comme un être composé déléments différents, qui seraient ses attributs. Les Réalistes du Moyen Age ont proposé que les attributs employés pour décrire Dieu soient plus que des conceptions, quils décrivent une réalité objective et substantielle. Lautre extrême est de nier lexistence de cette différence en proposant que les attributs de Dieu sont des expressions qui correspondent aux abstractions de lintelligence. Ainsi, en parlant des attributs, on emploie des mots différents pour décrire une réalité uniforme5. La première conception implique que Dieu soit un Etre composé, complexe ; la deuxième prive le caractère réel de Dieu des perfections qui sont les siennes. On a proposé par contre que le rapport entre lEtre et les attributs de Dieu pouvait être décrit de deux façons : a) Il y a en Dieu les conditions nécessaires pour que nous puissions représenter Dieu comme possédant toutes les perfections décrites dans lEcriture. Dieu est en Lui-même, tel quil se révèle dans lEcriture. LEtre de Dieu est le fondement, à partir duquel les représentations faites dans lEcriture peuvent avoir un sens. b) La conception que nous formons des perfections (attributs) de Dieu nest pas relative à notre esprit, mais sapplique à des qualités qui peuvent lui être vraiment attribuées, puisquil se révèle comme tel. 2) On ne peut donc pas choisir Un attribut de Dieu fondamental par rapport aux autres, ni faire une distinction entre son Etre et ses attributs. Tous les attributs de Dieu sont des attributs de son Etre. Dieu est ce quil a (Chez les créatures il y a une différence entre ce quelles sont et ce quelles ont. Une créature humaine reste une créature de Dieu, même après avoir perdu sa perfection par le péché. Nous ne perdons pas notre humanité dés lors que nous sommes pécheurs : La chute est dordre éthique et non métaphysique. Lêtre de lhomme ne peut être identifié à son caractère qui diffère avec les individus). Dieu na pas de caractère séparé de son Etre auquel chaque attribut est identique. Ainsi on pourrait dire : Mais il vaut mieux dire : Dieu a un esprit / Dieu est Esprit Jn 4 : 24 Dieu a la lumière / Dieu est lumière Jn 1 : 5 Dieu a la vie / Dieu est la vie 1 Jn 4 : 8-16 · Spiritualité, lumière, vie, sont des attributs de Dieu et il est chacune de ces choses. Dieu est toute lumière, il est toute sagesse, tout logos, tout esprit. Ce que Dieu est, Il lest complètement et simultanément. Cette conception évite les erreurs du panthéisme (déification de la création), du platonisme (il existe à côté de Dieu des idées qui sont les archétypes des objets qui existent) et du gnosticisme (des aeons émanent de Dieu, qui se séparent de Lui). Toutes ces conceptions obscurcissent la simplicité de la nature divine. Le nom de YHWH nindique pas lEtre de Dieu séparé de ses attributs, mais révélé dans ses attributs. LEtre de Dieu est absolu, mais non abstrait. Dieu montre les perfections qui sont les siennes dans sa révélation. Les attributs sont donc des identifications de Dieu Lui-même. Quand Dieu dévoile ses perfections, nous connaissons les perfections de son Etre.3) Cependant, il y a une distinction à faire entre lEtre et les attributs de Dieu, quoique les attributs soient identiques à Lui-même. Cette différence ne provient pas du fait quil y a une différence de substance entre lEtre et les attributs (comme si les attributs étaient inférieurs à Dieu, des émanations de son Etre). Cette distinction nest pas verbale non plus. La distinction existe dans notre pensée en corrélation avec la révélation. Les perfections de Dieu que nous discernons dans la révélation sont correctement attribuées à lEtre de Dieu, car il Est toutes ces choses. Ainsi nous voyons lamour de Dieu et sa sainteté, et nous disons que Dieu est amour ou saint. Il est lEtre qui possède toutes ces perfections à la fois. Méditer ce point nest pas un exercice de logique abstraite, mais alimente notre vision de la plénitude de Dieu. Nous avons dit en parlant des noms de Dieu que Dieu est anonyme. Ainsi, il ny a pas de nom particulier qui décrit Dieu. Pareillement, il ny a pas un attribut qui décrit Dieu. Tous les attributs manifestent la gloire compréhensive de son Etre. Ils sont plus que les perfections imaginées par lhomme, mais ils sont vraiment des perfections de lEtre de Dieu. Et comme Jonathan Edwards disait, lhomme nest pas appelé à aimer Dieu à cause de son salut, mais pour la beauté de son caractère. La plénitude de Dieu est trop grande pour être limitée par lintelligence humaine. La différence entre les attributs nintroduit pas une contradiction au sein de Dieu, mais une complémentarité. Toutes ces perfections appartiennent à Dieu et nous donnent une impression de sa majesté, qui transcende toutes choses. G. Le classement des attributs de Dieu · Il ny a pas de vrai moyen de classer les perfections de Dieu. Plusieurs schémas ont été suggérés :1) Distinction entre les attributs absolus et relatifs Les attributs absolus sont essentiels à lEtre de Dieu et appartiennent à son éternité. Les attributs relatifs ont référence non à lEtre de Dieu, mais à ses rapports avec le monde, à savoir son omniprésence, sa grâce, sa miséricorde, sa colère, etc. Le problème qui se pose à ce classement, cest que nous avons dit que nous ne pouvions pas parler des attributs de Dieu sans considérer son Etre. La question est : Dieu peut-Il développer des attributs à partir du moment de la création ? Est-ce que son Etre se modifie dans le contexte de la création ? Peut-il changer ? Nous pourrions suggérer que son omniprésence nest que lextension de son immensité (cest à dire que les attributs relatifs sont des expressions contextualisées des attributs positifs), mais on évite difficilement la suggestion quil existe une corrélation entre Dieu et lunivers et laséité de Dieu disparaît. 2) La méthode danalogie Elle comprend trois aspects. La via negationis : les imperfections que nous trouvons dans la création ne peuvent être attribuées à Dieu (le mal, le péché, la finitude etc.). La via eminentiae : On attribue à Dieu de la façon la plus éminente les perfections que nous trouvons dans la création. La via causalitatis : Dieu est considéré comme la cause des existants. Cette méthode est insuffisante dans sa manière de répondre au problème. Elle commence avec la créature et aboutit à des conclusions au sujet du Créateur. Mais les attributs de Dieu sont connus dans la révélation, cest à dire communiqués de Dieu à la créature. Nous ne pouvons penser à Dieu correctement en agrandissant une image de lhomme jusquà un degré infini. 3) La distinction entre les attributs communicables et incommunicables La distinction entre communicable et incommunicable est fondée sur la doctrine de la Trinité. Lessence de Dieu est communiquée entre les trois personnes divines, mais leur personnalité est incommunicable (Le Père est une personne propre différente que le Fils). Cette distinction était appliquée aux attributs : a) Les attributs incommunicables - aséite, immutabilité, infinité (éternité ; immensité), unicité (numérique = unité ; qualitative = simplicité). Ces attributs indiquent son Etre et ne peuvent être transférés à une créature. b) Il sensuit que les attributs communicables caractérisent également les créatures. Mais est-ce possible ? Dans un sens, il est impossible de dire que nous possédons les mêmes attributs que Dieu, et il est difficile de maintenir une communication dattributs. Mais ne pourrions-nous dire que nous avons les mêmes attributs à un degré inférieur ? Dans ce sens on peut indiquer : La spiritualité, lintelligence, la justice (la sainteté) et la volonté. Cette classification présente des problèmes et cache des difficultés nombreuses. Si elle a lavantage de maintenir que Dieu est à la fois transcendant et immanent, elle comporte le danger de diviser Dieu. Pris dans un sens absolu, les attributs " communicables " sont aussi incommunicables que les autres. Dieu est incompréhensible dans tous ses aspects. Conclusion : il ny a pas de moyen de classification satisfaisant. H. Les attributs éthiques · Nous rencontrons le Seigneur dans notre histoire. Il est le souverain de lhistoire et dans lhistoire. Même avant la création, il connaît davance les éventualités. Selon la Confession de Westminster rien nest contingent à Dieu. Si Dieu est Seigneur, Il nest pas un autre aspect de notre expérience. Il nest pas une partie de notre vie, mais toute notre vie se déroule sous ses yeux. Il peut être pour nous, avec nous, parce quIl ne dépend pas de nous. Pour cette raison, il faut voir que tous les caractères que lon attribue à Dieu ont deux côtés qui ne sont pas paradoxaux ou contradictoires, mais qui trouvent leur unité dans le Père :- ce que Dieu est en Lui-même, comme lEternel, en tant quEtre indépendant du monde et de lhistoire : cest laspect a priori de Dieu qui précède et transcende notre connaissance. - nous reconnaissons les attributs de Dieu, comme il se révèle dans notre histoire : Cest laspect a posteriori des attributs. Ainsi les attributs qui décrivent comment est Dieu dans léternité sont reconnus par nous dans la révélation. Ainsi quand nous considérons les attributs éthiques de Dieu, lamour et la justice, nous pouvons considérer leurs deux côtés. 1) Laspect a priori des attributs éthiques a) La souveraineté de Dieu est absolue Nous navons pas le droit dexiger quoique ce soit de Dieu. Comme créatures nous ne pouvons rien demander si Dieu ne donne pas sa promesse. Il est le Créateur et toutes choses lui appartiennent (Ps 24 : 1 ; Job 41 : 11 ; Rm 11 : 35 ; Dt 10 : 19 ; Gn 14 : 19 ; Ps 15 : 10ss). Il ny a pas dacceptation de personne avec Dieu. Loin de demander quelque chose de Lui, devant Lui nous sommes vides comme pécheurs (Es 2 : 10ss ; Rm 3 : 27 ; 1 Co 10 : 31 ; 2 Co 10 : 7 ; Ga 6 : 14). Même lapôtre Paul nest pas digne dêtre appelé apôtre ; Job qui est sans faute dans le dialogue avec ses " amis " doit faire face à des questions de Dieu. Dieu a un droit absolu sur nous. Nous ne pouvons pas poser des questions à Dieu, mais cest sa Parole qui nous remet en question et demande notre obéissance. Notre loyauté à Dieu doit dépasser toute autre (Dt 6 : 4ss ; Phi 3 : 8). Le droit de Dieu sétend à toute la vie (Co 3 : l7 ; 1 Pi 4 : 10 ; Rm 12 : 1 ; 2 Co 10 : 5 ; Rm 14 : 23). b) La bonté de Dieu est absolue La nature des actions de Dieu ne peut pas être remise en question par ses créatures ; " Dieu est bon " constitue un présupposé : nous ne pouvons pas demander à Dieu des preuves avant de croire quIl est ainsi. Toute lEcriture constitue une théodicée, manifestant la justice de Dieu6. Comment pouvons-nous affirmer que Dieu est juste et bon, malgré ses actions qui semblent dire le contraire ? La théodicée biblique affirme que la justice de Dieu est a priori et ne peut être remise en question par la foi. Dans Gn 3, le diable essaie de faire jouer la bonté de Dieu contre sa justice. Quand Dieu apparaît, Il nessaie pas de montrer pourquoi largument de Satan est faux, mais Il montre son autorité de Seigneur. Dieu na pas besoin de donner des preuves de sa bonté. " Le juge de la terre nexercera-t-il pas la justice ? " (Gn 18 : 25) - question rhétorique, Dieu est fidèle à sa promesse. En lisant Gn 22 nous pourrions être amenés à nous dire : " Comment un Dieu bon peut-Il demander le sacrifice dun Fils ? ". Cette question ne se pose même pas dans lesprit de lauteur biblique. Ce dont il est question, cest la réponse de lhomme. La bonté de Dieu est a priori. Dans Exode 33 : 19, le nom de Dieu révèle sa bonté, qui sexprime dans sa souveraineté rédemptrice. Job napprend jamais pourquoi il est affligé (38 : 42), malgré le fait quil veuille le savoir. Dieu apparaît à Job et lui pose des questions (42 : 1-6). Job reconnaît la souveraineté de Dieu et se repent ! Mais Dieu ne fournit pas dexplications. Sa justice est a priori. Certains passages développent lidée du droit absolu de Dieu (Es 44 : 9 ; Mt 20 : 1-15). Dans lenseignement de Paul sur la justification, Dieu est juste en justifiant les pécheurs (Rm 3 : 27). Les arguments sont a priori : La justice et la bonté divines, sont des présupposés et la créature est formée de sorte quelle doive présupposer ces choses et ne pas douter de Dieu (Dt 32 : 4). Si nous pouvons comprendre ceci, nous avons déjà une approche pour situer le question des limitations dans lélection ou aborder le problème de la souffrance. Ces choses ne sont pas vraiment des " problèmes " et sont difficiles uniquement si nous refusons la priori de lEcriture. 2) Laspect a posteriori de la théodicée " Dieu est bon " est également une conclusion. Dieu fournit des manifestations de sa bonté, non pour se justifier, mais ces évidences constituent le contenu de son attestation personnelle. Dieu ne dit pas simplement quIl est juste ; mais il le montre dans ses actions. Quand nous disons " Dieu est bon ", cest un présupposé ; mais elle est formulée dans le contexte de la manifestation de la bonté de Dieu. La manifestation fournit le contexte de notre constatation que Dieu est bon. Il ny a pas de dualisme. La preuve nexiste pas sans la présupposition et la présupposition nest pas possible sans lévidence. Dieu donne les deux. Ainsi, dans lélection, Dieu choisit, de toute éternité, mais cette élection seffectue dans les situations où lhomme est appelé à discriminer. Quelles preuves avons-nous de la bonté de Dieu ? Quel genre dévidence trouvons-nous dans lEcriture ? a. La loi et la grâce Il y a une tension dans lEcriture entre loi et grâce pour ceux qui croient. La rédemption est un processus et il semble que dans cette histoire la promesse divine est vidée à cause du manque dobéissance à la loi. Comment la bénédiction peut-elle venir ? Si Dieu bénit son peuple en dehors de la loi, est-ce que la loi est vide de son sens ? Il semble que soit la loi, soit la promesse doive céder. A cause de la loi, la promesse semble échouer. Les pécheurs semblent lemporter (voir les Psaumes !) ; les sacrifices sont sans effet à cause de la désobéissance. Solution du problème : Dieu agit Lui-même pour sauver son peuple. Il accomplit progressivement la promesse. La bénédiction de la grâce viendra malgré la désobéissance de lhomme. En Christ nous voyons le serviteur de lEternel qui meurt pour les péchés du peuple. La tension entre la loi et la grâce, entre la bonté et la justice de Dieu est résorbée en lui. Dieu est juste, et Il est celui qui promet le salut pour ceux qui croient dans le nom de Christ. La grâce accomplit la loi, qui est elle-même un catalyseur du salut (Rm 5 : 20 ; Ga 3 : 19). Le chemin du salut est appelé la loi de la foi (Rm 3 : 27 ; 8 : 3s). Cette tension persiste toujours dans la pensée du croyant. Nous sommes pécheurs et doutons que Dieu puisse nous sauver. Pourtant la promesse de Christ tient bon. Conclusion La justice et lamour de Dieu se maintiennent côte à côte. Nous sommes toujours confrontés dans notre expérience chrétienne à loi et grâce, à justice et amour. Nous ne trouvons pas de prétexte dans la loi pour nous justifier ; pourtant rien ne peut séparer ceux qui sont en Christ de lamour de Dieu. Nous connaissons lamour de Dieu par la loi, et notre connaissance de sa loi est approfondie dans lamour de Dieu. Il est à la fois juste et bon envers ses enfants en Christ. I. Les attributs épistémologiques · Dans les attributs éthiques une tension existe entre la grâce et la justice. La même distinction existe dans les attributs épistémologiques. Lauto-communication de Dieu, la vérité de ce quIl dit est caractérisée par une corrélation entre ses aspects a priori et a posteriori. Les paroles de Dieu doivent toujours avoir la qualité de vérité ; mais cette vérité doit pouvoir être communiquée et connue par lhomme.1. La priori de la vérité de Dieu Dieu étant Dieu pose une exigence absolue à notre foi. Le fait quIl est Dieu et ne peut être que vérité exige une confiance totale en Dieu. La vérité de Dieu doit être présupposée, puisque la Parole de Dieu est " auto-attestante ". Dieu seul peut se vérifier Lui-même. Il nest pas légitime pour lhomme de demander une vérification, Dieu étant Dieu. 2. La posteriori des attributs épistémologiques Dieu donne des attestations de sa vérité dans le contexte de sa révélation historique. Dieu nest pas seulement la vérité ; mais il agit et parle avec vérité. Ainsi lhomme connaît sa vérité. a. La parole de Dieu est-elle vraiment le vérité ? Notre époque naccepte plus les dogmes sur lautorité. Les " vérités " sont établies en accord avec lexpérience rationnelle ou existentielle de lhomme. La " révélation " appartient au noumène et dépasse la raison, tandis que les vérités du monde phénoménales sont de la compétence de lhomme. Il ny a donc pas de vérité(s) révélée(s), ni de propositions de Dieu qui seraient véritables. b. Résolution possible de la tension : révélation / vérité La puissance de la parole de Dieu dans le réel, par contraste avec le noumène non rationnel, est une sorte de preuve de sa vérité. Elle constitue une puissance pour convertir lhomme ou produit leffet inverse qui est la rébellion contre Dieu. La parole de Dieu accomplit le plan de Dieu. Quand elle semble incrédible, le parole satteste comme vraie. Elle indique la résolution de limpossibilité suprême : Les pécheurs sont reçus en communion avec Dieu (2 Pi 3 ; Pr 30 : 15). Conclusions La sagesse infinie de Dieu nous dépasse. Cette sagesse devient la nôtre par la foi (1 Co 1 : 3). Dieu est omniscient : Son intelligence est le critère de la vérité - il ny a pas de vérités inconnues de Lui. Dieu est omniscient dans le jugement du péché (Hb 4 : 11-13) : Nous ne pouvons pas nous cacher devant la Parole de Dieu. Il ny a rien qui ne soit ouvert à Dieu (Ps 139 : 7). Dieu est également omniscient dans la bénédiction (1 Jn 3 : l9s) ; il y a toujours un critère de jugement plus ultime que nos pensées (Rm 8 : l5s). Notre assurance se fonde sur : les promesses de Dieu, un examen de soi-même et le témoignage de lEsprit. J. Les attributs métaphysiques · Ces attributs sont ceux qui posent le plus grand problème à la mentalité moderne. La philosophie existentialiste et la philosophie analytique constituent un soutien puissant à la critique de lidéalisme métaphysique. Le courant actuel en philosophie et en théologie est anti-métaphysique, avec quelques exceptions notables (le néo-thomisme). Dans lEcriture, il nest pas souvent question de la vie de Dieu, mais la précompréhension existe partout où la vie de Dieu est la condition sans laquelle le salut et la révélation seraient incompréhensibles (Jn 5 : 26) ; Dieu a la vie en Lui-même et aussi dans le Fils (cf. Jn 1 : 4 - Cest parce que Jésus a la vie quil peut donner la vie). Dieu est donc un Dieu vivant ; il est la vie qui transcende ses actes de création ; mais cette vie infinie, éternelle, spirituelle et une, se manifeste.1. Laspect a priori de lEtre de Dieu a. Il y a un rapport entre lEtre de Dieu et son exigence par rapport à nous. Dieu na pas le même être que nous, son existence se situe à un niveau différent. PuisquIl est unique (le seul vrai Dieu), il a autorité sur nous. LEtre de Dieu est a priori parce quil est avant nous. Nous ne pouvons même pas imaginer un moment où Dieu nexistait pas, un moment où Dieu nexistera plus. La vie est un attribut qui appartient à Dieu. Lexigence éthique que Dieu a sur nous, nous oblige à faire face à larrière plan métaphysique de cette exigence. Cest parce que Dieu existe nécessairement que nous sommes exhortés à être saints comme Il lest. Cest parce quIl est la vie, quIl peut agir souverainement par la grâce pour nous donner la vie ou pour la reprendre. b. Dans lEcriture nous lisons que Dieu nest pas endetté envers lunivers (Job 41 : 11 ; Gn 14 : 19-22). Lhomme ne peut pas simposer à la volonté divine pour obliger Dieu à se dévoiler (Rm 11 : 35ss ; Ac 17 : 24ss ; Ps 50 : 13-15) ; Lexistence de Dieu est a se. Nous ne contribuons pas à la vie de Dieu, ni à son caractère parfait. 2. Laspect a posteriori de lEtre de Dieu Il reste à savoir si, dans la manifestation, Dieu se montre en conformité avec ce quIl est vraiment. Cela veut dire, du point de vue : - éthique : est-ce que Dieu est réellement bon dans ses actions ? - épistémologique : Dieu est-il réellement vrai dans sa révélation ? -mMétaphysique : Dieu existe-t-il réellement dans un sens non limité ? a. Lomnipotence : nous ne pouvons pas concevoir un effort de Dieu pour faire quelque chose quIl nest pas capable de faire. Dieu accomplit ce quIl envisage (Es 51 : 11). Dans la rédemption, il nest pas retenu par un manque de puissance ou de contrôle sur la situation. Lomnipotence est un attribut métaphysique de Dieu qui décrit quen Lui réside la possibilité de faire ce quIl veut accomplir. b. Léternité de Dieu (immutabilité : omniprésence temporelle La théologie Réformée a proposé que, quoique Dieu agisse dans lhistoire il la dépasse. Le temps règle lactivité créée, mais Dieu nest pas restreint dans son activité par le passage du temps. Il ny a pas ni avant ni après, ni succession de moments pour Dieu. Il est toujours le même. Ces concepts ont été remis en question. Karl Barth a parlé de la temporalité de Dieu, tandis que Cullmann, dans " Christ et le Temps ", semble dire que léternité de Dieu nest pas une idée biblique ; lEcriture parle dune succession sans fin dépoques limitées (aiones). Nous devons reposer la question : dans quel sens Dieu est-il éternel ? La Bible semble indiquer que Dieu transcende la temporalité de trois façons : 1) Le changement Temporalité et changement vont de pair. Ce qui est temporel, change, évolue, prend une forme nouvelle. Dieu par contre, ne change pas (Mal 3 : 6 ; Ps 102 : 25ss ; Hb 1 ; Ja 1 : 17). Négativement le fait que Dieu ne change pas indique quIl nest pas comme nous, limité par le temps. 2) Dieu transcende la limitation de lignorance temporelle Nous ne connaissons pas le futur. Mais Dieu voit le passé, le présent et le futur sans obstruction, de façon simultanée. Il noublie pas son alliance ; son élection est éternelle. 3) Dieu ne connaît pas de progression temporelle (Ps 90 : 4 ; 2 Pi 3 : 8) Ces aspects ne prouvent pas que Dieu soit au-dessus ou en dehors du temps, mais que le temps a un sens différent pour Dieu que pour nous. 4. Ces trois aspects sont soutenus par lenseignement biblique du commencement (Gn 1 : 1 ; Jn 1 : 1 ; Mt 19 : 4-8 ; Hb 1 : 10). Le commencement nindique pas que Dieu commence à soccuper de quelque chose en dehors de Lui. Il sagit du commencement du temps. Selon James Barr, les chrétiens de lEglise primitive pensaient que le commencement du temps et le commencement de la création allaient de pair. A lorigine le logos était déjà. La Parole nest pas la première création mais Celui qui crée. Nous avons dune part dans lEcriture la notion dun commencement absolu et celle de la " pré-temporalité " de Christ. Le rapport entre Dieu et le temps est donc particulier. Il est le Seigneur du temps, non son serviteur. Nous sommes en quelque sorte ses serviteurs, puisque nous contribuons à la progression de lhistoire. Dieu aussi contribue à cette progression, mais comme celui qui contrôle avec puissance et dépasse la temporalité ; son point de vue est différent. Dieu sait ce qui vient " avant " et " après ". Sa connaissance est créatrice. Nous ne pensons donc pas décrire le problème comme le fait Tillich (en disant que Dieu est le fond de lEtre) ou Whitehead et la Process Theology (qui dit que Dieu est le devenir et quil fait partie de ce devenir) ou Hartshorne (qui pense que Dieu est le devenir même et le principe moteur de lévolution). Le " panenthéisme " séloigne de la différentiation biblique entre Dieu et le monde. c. Linfinité de Dieu Limmensité de Dieu indique quIl est Seigneur du monde ; lomniprésence de Dieu décrit quIl est Seigneur dans le monde, qui est le théâtre de son action. d. La spiritualité de Dieu 1) La transcendance de Dieu sur les choses créées est spirituelle. Dans Jn 4 : 24, Jésus indique quil ny a pas dendroit spécial pour ladoration de Dieu. Il ny a pas dincompatibilité entre la réalité et la spiritualité de Dieu pour lEcriture : Dieu ne connaît pas de limitation corporelle. Cest pour cette raison que Dieu est invisible. Ainsi le contraste entre le vrai Dieu et les idoles inclut une critique de la représentation physique de la divinité (Dt 4 : 15). 2) Le fait que Dieu est spirituel et invisible ne veut pas dire quil soit impossible didentifier Dieu dans lhistoire. Il peut dans sa révélation sapproprier des formes physiques et visibles (Gn 32 : 30 ; Rm 1). Les choses invisibles de Dieu sont manifestes (Jn 8 : 9 ; 14 : 17). - Dieu est connu dans les paroles et les actes de Jésus (1 Jn 1 ; 2 Co 4 : 8 ; Hb 11 : 27 ; 12 : 14 ; 1 Co 13 : 12 ; 1 Jn 2 : 2 ; Ap 22 : 4). Dieu est invisible, mais nous voyons sa manifestation : Il se sert de formes visibles pour se révéler. e. Lunité et la simplicité de Dieu Cet attribut pose quil y a un seul Dieu, dont la nature rend impossible lexistence de plusieurs dieux. Ceci indique que Dieu est absolument unique, que numériquement il y a un Dieu. La doctrine biblique enseigne quil est un (Dt 6 : 4 ; 1 Co 6 : 4 et 6), en contraste avec : 1) Le polythéisme LEcriture réfute lidée dun panthéon de dieux. Lunité de Dieu est très clairement enseignée par rapport à la personne de Christ (Jn 17 : 3 ; Ac 17 : 24 ; Rm 3 : 30 ; Ep 4 : 5s ; 1 Tm 2 : 5). 2) Lanalyse évolutionniste des textes de lA.T. Selon cette opinion, le monothéisme absent des couches primitives de la tradition juive, aurait été introduit par les prophètes (cette notion est conjuguée avec lhypothèse documentaire). Cependant il semble plus probable que les prophètes aient appelé Israël à retourner à lancienne religion. Il est difficile dimaginer que les prophètes eussent introduit une nouveauté. Des textes anciens tels Gn 18 : 25 semblent être clairement monothéistes. En plus, la religion comparée montre généralement que les religions primitives polythéistes superposent une couche monothéiste. 3) Lunité divine proposée par le panthéisme est en contradiction avec lEcriture. Cette unité ne peut satisfaire lintelligence, ni le cur de lhomme. La simplicité de Dieu veut dire quil ny a pas de " composition " avec lEtre de Dieu. Cette idée est difficile à saisir. Lunité de Dieu indique son unicité numérique ; sa simplicité indique sa simplicité qualitative. Tous les attributs de Dieu sont identiques à son Etre, car chacune de ces vertus est parfaite en Dieu (Jr 10 : 10 ; 23 : 6 ; Jn 1 : 4s ; 9 : 14-16 ; 1 Jn 1 : 5). Dieu est un dans tous les sens. On a objecté contre lidée de la simplicité de Dieu que : - cest une abstraction métaphysique : pourtant lEcriture enseigne que Dieu nest pas composé de parties, de fonctions différentes. - cest contre la doctrine de la Trinité : il est difficile de penser que la simplicité numérique ou qualitative de Dieu soit en contradiction avec cette doctrine. Le Dieu trinitaire nest pas composé de trois personnes séparées. Lexistence des trois personnes najoute rien à lessence même de Dieu.
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