I. L’INCOMPREHENSIBILITE DE DIEU

A. Le mot

· Incompréhensibilité est un mot classique de la théologie chrétienne, dérivé du latin incomprehensibilis, correspondant au mot biblique en mispar utilisé seulement dans le Ps 147 : 5 en ce qui concerne Dieu.

Dans la théologie réformée le mot est utilisé dans deux sens :

1) Pour référer à l’immensité de Dieu (1 Rs 8 : 27) - l’aspect métaphysique.

2) Pour indiquer le fait que Dieu n’est pas compréhensible à nous. Cet aspect épistémologique a deux sens :

a) Nous ne pouvons avoir une perception intelligente, entière de Dieu, parce que Dieu et son conseil nous dépassent, et leur secret profond ne nous est pas totalement révélé. Nous ne pouvons donc pas saisir la portée totale des actions de Dieu. Ainsi, Calvin parle de la volonté de Dieu qui est secrète, incompréhensible.

b) Plus souvent, incompréhensible veut dire que nous ne pouvons comprendre Dieu complètement. Nous sommes limités dans notre compréhension et notre connaissance de Dieu. Ainsi, nous indiquons le caractère de notre connaissance de Dieu qui n’est pas complet. Dieu n’est pas incompréhensible dans le sens qui justifierait l’agnosticisme ou le scepticisme. La connaissance que nous avons de Dieu, nous enseigne que Dieu est incompréhensible à ses créatures qui, dans la foi, acceptent les limites de leur connaissance. Quand nous sommes en alliance avec Dieu, nous le sommes avec celui qui nous dépasse et nous reconnaissons Dieu comme incompréhensible dans son Etre, sa Volonté et ses Œuvres.

B. L’enseignement biblique

· L’Ecriture, en faisant des constatations positives au sujet de la personne de Dieu, reconnaît que ses perfections sont incompréhensibles pour l’homme. Il n’y a pas de limites que nous pourrions imposer à la grandeur des perfections divines, ni de démarches intellectuelles par lesquelles nous pourrions éliminer l’incompréhensibilité de notre connaissance de Dieu :

1) Exemples des Psaumes : 145 : 3 : " Sa grandeur est insondable " ; 147 : 5 : De son intelligence, il n’y a pas de nombre. " Cette expression indique de façon positive la grandeur de la gloire de Dieu (cf. Ps 147 : 1-5a). C’est en considérant cette gloire que nous pouvons saisir que Dieu est insondable et qu’Il n’a pas de limites. L’incompréhensibilité de sa grandeur est un aspect de la gloire de Dieu.

Ps 139 : 7 : Dans ce passage, David parle de l’omniprésence divine. L’Esprit créateur ne se limite pas à la réalité créée. David perçoit la profondeur du mystère de Dieu. Il comprend que Dieu le dépasse dans sa gloire et que l’homme ne peut pénétrer le mystère de l’incompréhensibilité.

2) Rm 11 : 33-36 : De quoi Paul parle-t-il quand il utilise l’expression " voies insondables de Dieu " ? Il ne décrit pas le conseil de Dieu, mais son plan concernant Israël, sa volonté qu’il réalise dans l’histoire pour accomplir le salut de son peuple. Tout Israël sera sauvé : tel est le thème de ce chapitre. Ici l’incompréhensibilité divine se place dans le contexte de la révélation même de la gloire de Dieu et de son conseil. C’est précisément dans la révélation de Dieu que nous comprenons qu’Il est incompréhensible. Pour cette raison, nous ne pouvons pas parler de l’incompréhensibilité divine en dehors de la foi en la révélation.

Résumé

Dans la révélation, nous reconnaissons que c’est Dieu l’incompréhensible qui se révèle à nous comme étant tel. Dieu est à la fois insondable et personnel quand Il se révèle de cette façon. Ainsi dans la révélation biblique, le caractère absolu de Dieu et son unité sont maintenus côte à côte. Dans des systèmes de pensée autre que le théisme biblique, un de ces caractères se trouve mis en relief au détriment de l’autre. Ainsi le déisme maintient l’aspect absolu, mais néglige l’unité personnelle de Dieu. Dans le polythéisme, l’absolu est aboli en faveur de représentations visibles de la divinité.

C. Développement de la doctrine

1. Définition

· L’incompréhensibilité de Dieu nous enseigne que nous ne pouvons pas connaître Dieu de façon compréhensive. L’infinité de Dieu résiste à un encadrement dans notre compréhension. Nous ne pouvons pas connaître Dieu comme il se connaît. Dans le cas de Dieu, c’est l’infinité qui connaît et comprend l’infinité. Son " auto-connaissance " est proportionnée à son Etre, sa gloire et son conseil. Elle est sans borne, car Dieu Lui-même est sans borne. La connaissance que Dieu possède de Lui-même est donc unique et exclusive. Notre connaissance est toujours " créaturelle " et dépendante, mais c’est néanmoins une connaissance du Dieu Créateur et transcendant. Voir Calvin, Institution, I.10.3 : Les attributs de Dieu ne nous donnent pas une description de Dieu en Lui-même, mais de ce qu’Il est envers nous. Plus loin, Calvin dit dans III.2.6 que nous ne devons pas nous occuper de savoir comment est Dieu en soi, mais ce qu’il est envers nous. Notre désir de connaître Dieu est voué à l’échec, dès que nous cherchons à connaître Dieu dans les profondeurs de son Etre ou dans la profondeur de l’Etre (Tillich !). Nous connaissons Dieu dans la mesure où il plaît à Dieu de se manifester à nous.

2. L’incompréhensibilité et les attributs de Dieu

· L’incompréhensibilité n’est pas un attribut spécifique de l’Etre et de " l’auto-connaissance " de Dieu (comme sa sainteté ou son amour). Dieu n’est pas incompréhensible pour Lui-même et les personnes de la Trinité ne sont pas incompréhensibles les unes aux autres. L’incompréhensibilité n’est pas un attribut de Dieu.

Son Etre est sans limite, étant purement Etre, il est infiniment intelligible et donc seulement compréhensible à une intelligence infinie. "3

Dans 1 Co 2 : l0s nous lisons que la connaissance de l’Esprit ne connaît pas de bornes : Dieu n’est pas incompréhensible pour Lui-même. Cette incompréhensibilité n’est pas un aspect de l’être de Dieu. Elle ne décrit pas Dieu Lui-même, mais Dieu tel qu’Il est envers nous dans ses rapports avec ses créatures. C’est la divinité de Dieu qui le rend incompréhensible à notre saisie finie.

Il faut aussi distinguer entre l’incompréhensibilité divine et notre incompréhension de la réalité créée, qui dérive de notre incapacité de connaître à fond même la réalité finie. Dans un sens, l’incompréhensibilité est également un attribut de la création.

Comment distinguer ces deux sortes d’incompréhensibilité ? Ceci est important, car si nous ne pouvons établir une distinction, nous faisons l’équivalence entre le mystère de Dieu et celle de la réalité. Le panthéisme spinoziste suit de près. Nous pouvons dire que l’incompréhensibilité de Dieu est absolue, celle de la création est relative par rapport à notre intelligence humaine. Pourtant il y a un lien entre l’incompréhensibilité divine et celle de la réalité finie, car la création, étant l’œuvre de Dieu, nous reste ultimement incompréhensible. Elle n’a pas de sens inhérent sans référence à Dieu, et comme sa créature elle révèle l’infinitude et la divinité de son Artisan. Comprendre vraiment un aspect de la réalité créée exige une connaissance du rapport qui existe entre cet aspect et son Créateur. Et puisque cette connaissance est possible seulement à Celui qui est infini, même le sens de la réalité infinie nous reste en partie voilé. L’incompréhensibilité de la réalité créée provient de celle de Dieu Lui-même. L’incompréhensibilité divine est originelle, celle de la création est dérivée, secondaire.

Clé :

 

3. L’incompréhensibilité de Dieu est absolue

· C’est à dire qu’elle ne disparaît pas avec l’accroissement de notre connaissance. Dieu n’est pas plus ou moins incompréhensible en fonction de la grandeur de notre connaissance. L’incompréhensibilité demeure toujours pour la compréhension créée, et plus nous avons de connaissance de Dieu, plus nous sommes en contact avec son incompréhensibilité. Notre perception de celle-ci devient plus intelligente, car nous contemplons son mystère (Rm 11 : 33-36). Ce que Dieu a révélé est un mystère. L’apôtre reçoit la révélation du Seigneur et avec cette connaissance, il se rend compte de " l’insondabilité " divine.

4. L’incompréhensibilité et la révélation

· Dieu est incompréhensible non seulement dans son Etre, mais aussi dans ses jugements et ses actes.

a. Incompréhensible ne veut pas dire que Dieu soit totalement inaccessible et que nous ne puissions avoir une connaissance de Dieu, ni que Dieu n’ait pas la capacité de se révéler.

b. Dieu s’est révélé en tant que Celui qui est insondable dans son Etre et ses actes et pour cette raison nous dépasse toujours, même dans sa révélation.

Plus nous connaîtrons Dieu, plus nous connaîtrons et reconnaîtrons que son secret est impénétrable. "

La doctrine qui exalte le plus le mystère de Dieu est celle qui se rapproche le plus de la vérité. " (Emil Brunner)

D. Discussion des conséquences théologiques de cette doctrine

1. Incompréhensible ne veut pas dire inconnu

· La théologie chrétienne a toujours insisté sur l’incompréhensibilité divine : La théologie et la philosophie récentes ont affirmé que Dieu est non seulement incompréhensible, il est également inconnaissable. Il est insensé de parler de Dieu tel que le catéchisme le fait. Dieu est au-delà de notre expérience humaine ; aucune affirmation objective ne peut être faite à son sujet. Dieu est inconnu. L’idée de Dieu est un concept pratique ou éthique et non un concept théorique. Le concept de Dieu est donc une frontière entre l’homme et Dieu :

connaissances théoriques idée morale de Dieu Le Dieu absolu,

humaines (la raison) (foi subjective) inconnu

La pensée moderne n’a rien à dire sur un Dieu absolu : elle peut seulement aborder la notion de Dieu comme une hypothèse morale. La foi est l’acceptation irrationnelle de ce au sujet de quoi rien ne peut être affirmé de façon rationnelle. Ainsi, dans " l’inconnaissabilité " de Dieu, si la transcendance divine reste affirmée, l’aspect personnel est éclipsé. Le " mystère " de la théologie courante est donc différent du mystère du Dieu biblique : c’est le mystère de l’inconnaissable, non le mystère du Dieu connu comme incompréhensible. Dieu est connu comme inconnu. Ce mystère est irrationnel. Nous pouvons dire avec Herman Bavinck que cet " agnosticisme " a quatre caractères :

a) La nature de la connaissance humaine est d’être relative. Rien dans l’univers ne se tient par lui-même. Le sujet et l’objet sont interdépendants. Tout ce qui est absolu est étranger à cette connaissance.

b) Le caractère inadéquat de notre connaissance de Dieu est radicalisé. L’idée de Dieu est transcendante et ne peut être de caractère théorique.

c) Etant absolu, Dieu ne peut être personnel. Personnalité et conscience sont des attributs que nous trouvons en nous ; elles ne peuvent être pensées en dehors des limites de la finitude. L’homme limité par l’espace-temps ne peut pénétrer le monde des réalités non-visibles. Ainsi la négation de la personnalité divine que nous trouvons dans la pensée de Tillich ou dans la Process Theology.

d) La connaissance de l’Absolu est impossible, car la notion de l’Absolu implique une absence de relations. Cet agnosticisme pousse la religion chrétienne dans deux directions différentes :

- Dieu pensé comme " surhomme ", personnel mais non absolu, supérieur mais non transcendant.

- Dieu comme un absolu impersonnel, un " point zéro " sans contenu.

La première espèce est sans doute le réalisme concret de la religion populaire. La deuxième caractérise l’idéalisme de Hegel et de ses " disciples-théologiens ", où l’Absolu a besoin du relatif pour se réaliser et pour être connu. D’où l’affirmation que nous voyons souvent, que Dieu " contient " une temporalité ou que Dieu est " en devenir " avec le processus historique. Cette notion est fondamentale dans certaines présentations de la théologie de la libération.

Dans ces exotismes théologiques, ce n’est plus du Dieu de l’Ecriture que l’on parle, mais d’un dieu différent.

2. Les attributs communicables et incommunicables de Dieu

· Cette distinction est établie entre les attributs de Dieu, par rapport aux caractères que nous pouvons voir relativement dans les hommes et appliquer de façon totale à Dieu, en contraste avec des attributs divins qui n’ont aucun appui dans la nature humaine tels que l’immutabilité, l’éternité ou la simplicité de Dieu.

Pourtant, nous ne pouvons pas penser que certains des caractères de Dieu nous sont compréhensibles. Nous ne pouvons comprendre Dieu, pas même dans un de ses caractères. La vérité, l’amour ou la fidélité de Dieu sont des attributs " communicables " ; ils sont tout aussi incompréhensibles pour nous que son éternité ou son aséité.

Cette pensée me pousse à formuler une antinomie au sujet de l’incompréhensibilité de Dieu qui correspond, je crois, à la vérité biblique :

- Dieu est incompréhensible, mystérieux, non pas parce qu’il est inconnu, mais pour la raison contraire. Il est incompréhensible pour nous dans sa révélation. C’est par elle que Dieu se manifeste comme l’Incompréhensible. Il est connu comme le Dieu dont la science nous dépasse (Ps 139 : 6, 17) : ce Dieu éternel est Celui qui est également personnel et qui me connaît ainsi dès avant le début de ma vie (v1, 13, 16). C’est le Dieu qui connaît et est connu parce qu’incompréhensible. Dans la théologie chrétienne l’incompréhensibilité de Dieu suppose sa révélation dans tous ses aspects comme révélation de la vraie nature de Dieu. Sans cette révélation, il n’y a aucune possibilité de connaître Dieu comme incompréhensible (Es 40 : 18, 25ss !).

3. La théologie négative et la connaissance de Dieu

· Une distinction a été faite entre deux formes d’affirmations théologiques au sujet de Dieu :

- la théologie positive affirme quelque chose à propos de l’aspect inconditionné de Dieu. Ce qui est absolu en Dieu est l’objet d’une constatation positive telle que " Dieu est éternel " ou " Dieu est omniprésent " etc. Ici, nous affirmons positivement un aspect de la réalité divine.

- la théologie négative, en revanche, appartient non au domaine des attributs absolus de Dieu, mais concerne ses caractères personnels. Des expressions enracinées dans des rapports humains et qui appartiennent à l’existence finie sont appliquées à Dieu de façon analogique. Mais puisque Dieu qui est infini est la négation de ce qui est fini, ces choses sont dites dans une négation du caractère humain. La théologie négative concerne donc les aspects personnels des rapports humains et applique ces caractères à Dieu en niant leur aspect de finitude. Ainsi, la théologie négative affirme que nous pouvons connaître Dieu comme saint, bon, juste, amour, en appliquant ces caractères à Dieu de façon métaphorique ou négative.

Par la voie de la négation de ce qui est humain dans ces attributs, nous pouvons, selon

Saint Thomas, arriver à une compréhension de ce que Dieu n’est pas, même si nous pouvons jamais dire ce que Dieu est. La théologie négative fournit donc le fondement pour la preuve de l’existence de Dieu. Si le caractère absolu de Dieu ne peut être conceptualisé par la raison humaine, le côté personnel peut être appréhendé par la voie de la négation.

Le problème de cette présentation me semble être que, dans un domaine, le langage humain est supposé adéquat pour la connaissance de Dieu. La théologie négative tend à effacer le caractère radicalement humain de tout notre langage au sujet de Dieu. Nous pouvons donc remarquer que même les attributs absolus de Dieu saisis dans la théologie dite positive impliquent une négation de la finitude. Ainsi, l’éternité est la transcendance par rapport au temps ; l’immuabilité, l’absence de changement ; l’aséité, l’absence de dépendance. Même l’unité divine est la négation de la diversité humaine. Nous pouvons dire que toute la théologie de la Bible au sujet de Dieu est négative dans ce sens que rien n’échappe dans notre langage ou notre connaissance de Dieu, aux qualifications de la finitude et de la temporalité.

L’Ecriture ne cherche jamais à décrire les perfections divines positivement, c’est à dire, sans indiquer leur rapport à l’existence finie.

Je ne veux rien enlever de la radicalité de cette constatation. Rien dans notre connaissance ni dans notre langage, ne correspond à Dieu Lui-même. Si nous essayons d’éviter ceci, nous réduisons Dieu au

père Noël dans les cieux. Dieu est radicalement transcendant ; Il est incompréhensible.

a. L’inadéquation de toute prédication humaine

· Toute notre connaissance et notre langage se limitent au domaine humain. Il n’y a pas dans la Bible des descriptions de Dieu en Lui-même. Toute l’Ecriture est anthropomorphique. Ce n’est pas comme si nous avions dans l’Ecriture quelques descriptions utilisant des métaphores humaines et d’autres qui ne seraient pas conditionnées. Toute l’Ecriture est exprimée de façon humaine. Elle porte les marques de l’abaissement de Dieu pour nous parler. Nous ne pourrions pas comprendre une communication divine. Le logos devient chair ; la communication de Dieu devient parole humaine. Il s’incline pour nous parler humainement.

Tous les noms et toutes les paroles de Dieu sont dérivés d’attributs de la création. Dieu en Lui-même est incompréhensible pour nous, et puisqu’il nous parle dans un langage humain, il est incompréhensible jusque dans sa révélation fut ce en langage humain. Notre langage et notre connaissance sont inadéquats à décrire Dieu Lui-même, car il transcende la portée de notre entendement. Nos affirmations et les affirmations bibliques au sujet de Dieu sont médiées par l’ordre créé et sont de facto incomplètes et inadéquates. Nous ne pouvons saisir le Dieu transcendant. Il n’est comparable à rien :

- de façon qualitative : tout ce que nous disons au sujet de Dieu est limité dans sa qualité d’affirmation. Dieu est incompréhensible dans son Etre. Quand nous parlons de son éternité nous ne pouvons vraiment penser à ce qu’est l’éternité, si ce n’est par rapport à une succession de moments temporels que nous connaissons. L’éternité en soi reste incompréhensible pour nous. De même, la vérité de Dieu n’est pour nous concevable qu’en termes de correspondance à la réalité et d’absence de faute ou de fraude. Nous imaginons très difficilement comment ceci peut s’appliquer à l’Esprit divin.

- de façon quantitative : notre connaissance est non seulement de qualité différente, mais aussi restreinte dans sa quantité à ce que Dieu a manifesté. Les choses profondes de Dieu nous sont inconnues. De ces deux façons, notre connaissance de Dieu est toujours négative, anthropomorphique, non exhaustive et inadéquate. Les perfections de Dieu sont restreintes en Dieu et connues par Lui. Dire ce qu’est Dieu est impossible. Si Dieu donne ses noms, aucun nom n’exprime comment est Dieu. Dieu n’a pas de nom humain. Ceci pourrait nous mener à penser que Dieu est inconnaissable ; si la connaissance humaine de Dieu est toujours inadéquate par rapport à son objet, pouvons-nous dire que notre langage sur Dieu est autre chose qu’une fiction ? Imaginons-nous Dieu pour notre sécurité ?

Ici, il nous faut introduire le deuxième aspect de notre connaissance. Si toute connaissance de Dieu est inadéquate, la connaissance que nous pouvons avoir de Dieu est fiable et réelle.

b. Le caractère fiable de la connaissance de Dieu

L’homme peut être certain qu’il connaît Dieu. Même si sa connaissance de Dieu est toujours inadéquate pour exprimer l’Etre de Dieu, elle est suffisante, car l’homme ne peut éviter de connaître Dieu. Etant incompréhensible dans sa grandeur, Dieu est connu en tant que tel. Ce que le Dieu tout puissant fait en dehors de Lui-même dans la création du monde et de l’homme ne peut que révéler Dieu. L’homme lui-même révèle la gloire de Dieu (Ps 8). Tout donne à l’homme une connaissance de la gloire et de la vérité de Dieu, de sa fidélité, de son amour et de son unité. Et quand Dieu se révèle à l’homme de façon verbale, sa transcendance assure que les expressions immanentes de sa révélation nous donnent une vraie connaissance de Lui.

La connaissance parfaite est de connaître Dieu non pas comme inconnu, mais comme Celui qu’on ne peut pas décrire. " - Hilaire de Poitiers.

" L’appréhensibilité " de Dieu ou sa " connaissabilité " en théologie chrétienne dépend donc de son incompréhensibilité. C’est sur le fondement de la révélation du Dieu qui est trop grand pour être compris que nous pouvons connaître Dieu. Toute la révélation montre que Dieu est incompréhensible ; toute la révélation divine nous fait connaître Dieu comme tel.

i. Par sa révélation générale et spéciale, Dieu dévoile son caractère. Pourtant, cette révélation n’est jamais comprise par l’homme. Il connaît la vérité de Dieu et il y a une réalité dans sa connaissance à cause de la révélation, mais cette connaissance est partielle. L’homme connaît quelque chose au sujet de tout dans la révélation divine, y compris au sujet de la nature de Dieu. Il connaît quelque chose au sujet du monde ; il voit les différents aspects de l’œuvre de la rédemption ; il voit Dieu à l’ouvrage. Mais il ne saisit rien de façon intégrale comme Dieu. Sa connaissance est réelle, mais limitée.

ii. La connaissance qu’à Dieu et celle de l’homme touchent aux mêmes points de référence dans la réalité. Dieu connaît la chose parfaitement et cette connaissance divine accorde à l’objet sa réalité. L’homme connaît ce qui est réel de façon incomplète. Partout l’homme dépend de l’acte antérieur de Dieu.

 

Il n’y pas identité de contenu entre la connaissance divine et celle de l’homme. Quand nous grandissons dans notre connaissance de Dieu, Il n’en devient pas moins incompréhensible pour nous. La réalité des points de référence n’est pas assurée par le fait qu’une identité existe entre ce que l’homme connaît et ce que Dieu connaît ; elle est assurée par la révélation divine qui porte sa propre attestation. Les points de référence sont les mêmes pour l’homme et pour Dieu ; leur réalité est dans l’exclusivité de la révélation ; mais la compréhension de l’homme reste toujours inadéquate, même si elle est réelle. Notre connaissance est réelle, en ce qui concerne Dieu et le monde, car Dieu est absolu dans sa révélation.

iii. Notre connaissance de Dieu est réelle également, car si Dieu est absolu dans sa révélation, il est aussi personnel. Il parle notre langage. La théologie réformée est une théologie de l’alliance. Elle ne parle jamais de l’essence de Dieu. Le seul rapport entre Dieu et l’homme est exclusivement personnel. Nous connaissons Dieu comme le Dieu qui se place devant nous, comme le Dieu de la grâce. Tout ce qui

révèle Dieu dans le monde et dans le salut est indicatif de l’action personnelle de Dieu. Rien n’est impersonnel ici. Tout est auto-affirmation divine.

Conclusion

La grandeur de Dieu nous dépasse ; mais pour cette raison même, il peut se révéler vraiment. Il le fait en entrant dans des rapports personnels avec nous, ses créatures. En Lui-même Dieu n’est ni éternel, ni tout puissant, ni immortel ; il est indicible. Il est. Mais il est chacune de ces choses envers nous, afin que nous puissions dans notre alliance avec lui, saisir son altérité. Dieu, qui n’a pas de nom, a tous les noms dignes du langage humain. Nous sommes appelés à le craindre, car Il est grand, et à l’aimer, car sa gloire appelle notre amour. Et pour vous, le privilège est de sonder le mystère que ce Dieu inconditionné, tout autre, est votre Père et votre Dieu. Que notre langue sache parler convenablement du Seigneur ; que notre pied ne trébuche pas quand nous entrons dans sa maison :

Ainsi parle l’Eternel, le roi d’Israël,

Celui qui le rachète,

L’Eternel des armées :

Je suis le premier et je suis le dernier,

En dehors de moi il n’y a point de Dieu. " (Es 44 : 6)