V. LA DOCTRINE BIBLIQUE DE LA TRINITE

A. Raisons de l’étude

Spécimen 1 : la doctrine de la Trinité a son origine en Babylonie vers 2000 av. Christ dans la triade divine de Cush, Semiramis et Nimrod. Cette Trinité influença le développement d’une triade hindoue de Brahma, Vishnu et Siva. Bref, la notion chrétienne a son origine dans le paganisme. Satan est son auteur.

Spécimen 2 : la doctrine de la pluralité des dieux est aussi évidente dans la Bible que dans n’importe quelle autre religion. En ce qui nous concerne, les chefs des dieux ont indiqué un dieu pour nous, afin que nous puissions voir les perfections des dieux. Tel est l’enseignement des Témoins de Jéhovah dans " Que Dieu soit vrai " et des mormons dans une prédication de Joseph Smith (il semble qu’il y ait une contradiction entre " le livre de Mormon " et d’autres sources).

(Pouvez-vous fournir une démonstration biblique des erreurs de ces idées ?)

Voici deux autres raisons :

1) Dans l’ensemble de la doctrine chrétienne, la Trinité a été de plus en plus marginalisée. C’est un article de foi séparée des autres aspects de la foi chrétienne. Le résultat en est la stabilité inébranlable de la doctrine qui n’a guère avancé depuis le 5e siècle et qui a cessé de jouer un rôle prépondérant dans la réflexion chrétienne. Depuis Saint Thomas, la dogmatique a séparé deux thèses sur Dieu, en parlant d’abord de Dieu, son essence et son Etre, et en deuxième lieu de la Trinité. Dans la pensée chrétienne, on a reconnu la validité d’un certain discours sur Dieu en dehors des considérations trinitaires. Le résultat en est que la première considération étant l’essence commune à la divinité, la discussion sur Dieu dans son point de départ a été dominée par des considérations philosophiques. La doctrine biblique de la Trinité devient une sorte de parenthèse détachée de l’histoire du salut. L’aspect trinitaire de l’œuvre du salut n’a pas été développé Le mystère de la Trinité est devenu une spéculation logique autre que le mystère du salut.

2) Les chrétiens manquent donc de voir le lien étroit entre la Trinité et leur salut et restent souvent monothéistes dans leur vie spirituelle. Ainsi nous croyons que " Dieu s’est incarné en Christ " plutôt que le logos où le Fils s’est incarné. La grâce de Dieu est considérée comme celle du " Dieu-homme ", non premièrement celle du Fils de Dieu. Est-ce que nous avons conscience en priant que c’est à la Trinité que nous prions ? Très souvent nos prières sont des prières monothéistes, qui dans leurs formulations laissent à côté le caractère du Dieu à qui nous prions.

Dans cette étude je voudrais donc aborder la question de la Trinité par le biais de la révélation de la Trinité comme la révélation du salut. Si nous pouvons accéder à une foi en un Dieu trine, c’est à cause du caractère du salut qui est le nôtre. La nature de Dieu et la nature du salut sont inextricables dans la Bible. A la fin de cette présentation nous essayerons de montrer que la nature trinitaire de Dieu est une condition sine qua non de l’humanité de l’homme7.

B. Evidence biblique

I. L’Ancien Testament

· Dans la Bible, la doctrine de la Trinité n’est pas développée de façon systématique. Il y a beaucoup de témoignages, mais il n’y a pas tentative de développer une explication exacte des conséquences par rapport aux trois personnes. L’idée de la Trinité est présente dans l’A.T., mais cette révélation n’est pas complète. Elle reste imprécise et se dévoile progressivement. Cependant, il y a déjà dans l’A.T. des éléments qui suggèrent qu’il existe des distinctions dans l’essence divine. Le nom Elohim, pluriel, ne prouve pas l’existence de la Trinité, mais le fait que cette expression fut acceptée dans un contexte monothéiste est intéressant.

a. Passages dans lesquels la Parole ou la sagesse divine se trouvent personnifiées : (Ps 33 : 6ss ; Job 28 : 23ss ; Pr 8 : 22ss). Dans la création, Dieu appelle les choses à exister, non seulement par sa Parole et sa Sagesse, mais par son Esprit La Parole agit comme médiateur, mais Dieu est immanent dans sa création par son Esprit. A l’origine de la création, il y a une trinité d’action - Dieu : La Parole par laquelle il crée ; l’Esprit qui soutient ce qui est créé. L’Esprit de Dieu dans l’A.T. est une personne distincte dans son action (Gn 1 : 2 ; Ps 33 : 6 ; 139 : 7 ; Job 26 : 13 ; 33 : 4 ; Es 63 : 10.)

b. Dans l’œuvre de la rédemption cette Trinité d’action devient plus marquée. YHWH se révèle par un médiateur, le Mal’akh Yahweh, le messager de l’alliance. Il ne s’agit pas d’un ange créé, mais comme l’ont expliqué les Pères (en particulier Augustin), d’une théophanie du Logos. Dieu est présent d’une façon spéciale dans son messager. Distinct de Dieu, l’ange porte son nom (Gn 16 : 6-13 ;18 : l9s)

c. La Trinité d’action qui existe dans la création et la rédemption se trouve mentionné dans Nb 6 : 24-26. Certains autres passages font mention des trois " personnes " (Gn 19 : 24 ; Ps 45 : 7 ; 110 : 1 ; Os 1 : 7) qui indiquent déjà une sorte de distinction en Dieu.

2. Dans la littérature apocryphe, la Trinité se trouve développée, mais pas toujours de façon conforme à l’A.T. Dans Philon, la doctrine trinitaire devient un élément dans le dualisme. Le logos est médiateur à cause du contraste métaphysique entre Dieu et le monde. Le logos n’est pas personnel et Philon néglige le Saint-Esprit. Dans l’histoire des dogmes il apparaît que les systèmes qui ont négligé la divinité du Fils finissent par abandonner la personnalité de l’Esprit.

3. Le Nouveau Testament

· Il développe l’A.T. Son enseignement ne consiste pas en une logique abstraite, mais se fonde sur le fait de l’incarnation. Le mot theos ne s’applique qu’à un seul Etre (Jn 17 : 3 ; 1 Co 8 : 4), mais cet Etre se révèle comme Père, Fils et Esprit. Trinitaire, Dieu se manifeste dans l’incarnation du Fils comme dans l’effusion de l’Esprit. Ces éléments ne sont pas nouveau mais développent la notion de création et de rédemption de l’A.T.

a. Dieu le Père est ainsi nommé à cause de ses relations avec le Fils et ses fils et il est également Créateur de l’univers (Mt 7 : 11 ; Lc 3 : 38 ; Jn 4 : 21 ; Ac 17 : 28 ; 1 Co 8 : 6 ; Hb 12 : 9). Le Fils est le Logos par qui Dieu a agi en créant (Co 1 : l5ss ; Hb 1 : 3). L’Esprit, dont la tâche concerne particulièrement l’édification de l’Eglise, est appelé à achever l’œuvre de la création par la régénération (Mt 1 : 18 ; Mc 1 : 12 ; Lc 1 : 35 ; 4 : 1 et 14 ; Rm 1 : 14). Dans le N.T. Pater prend la place de YHWH. Dans l’incarnation du Fils les préfigurations de l’A.T. (prophète, prêtre, roi, sacrifice, fils de David, Ange, Sagesse) sont accomplies. L’effusion de l’Esprit réalise les promesses de l’A.T. (Ac 22 : l6ss).

b. Mais dans la révélation du N.T. le fait que Dieu soit trinitaire devient beaucoup plus clair. Le salut même repose sur la " tri-unicité " de Dieu. Sans la doctrine de la Trinité, il n’y a plus de salut à proclamer. Pour cette raison le N.T. a un caractère trinitaire.

1) L’enseignement de Christ est trinitaire… sa naissance et son baptême sont une révélation de la Trinité. Il proclame le Père comme étant Esprit qui a la vie en Lui-même (Jn 4 : 24 ; 5 : 26), et qui est son Père. Engendré par le Père (Mt 21 : 37-39), le Fils est égal à Lui en gloire, vie, puissance (Jn 1 : 14 ; 10 : 30). Le Saint-Esprit qui habite en Christ est envoyé par le Fils du Père (Jn 15 : 26). Avant son départ, Christ bénit ses disciples au nom trinitaire (répétition de l’article dans le grec).

2) Les apôtres continuent l’enseignement du Christ. Election, puissance, amour et royaume appartiennent au Père (Jn 3 : 16 ; Ep 1 : 9 ; Rm 8 : 29) ; réconciliation, sagesse, et justice appartiennent au Fils (1 Co 1 : 30 ; Ep 1 : 10) ; régénération, sanctification, communion sont à l’Esprit (Rm 5 : 5 ; 8 : l5 ; 14 : I7). De la même façon, les apôtres ne font pas de hiérarchie dans la Trinité. Chaque personne est l’égale des autres (1 Co 8 : 6 ; 12 : 4-7 ; 2 Co 13 : l4 ; 2 Th 2 : 13s ; Ep 4 : 4ss ; 1 Pi 1 : 2 ; 1 Jn 5 : 4ss ; Ap 1 : 4ss).

3) Le rapport entre les trois personnes : Le nom " père " indique Dieu comme Créateur (Nb 16 : 22) ; Il est le Roi d’Israël (Dt 32 : 6) et des croyants (Mt 6 : 4). Comme première personne de la Trinité, Il est le Père du Fils (Lc 22 : 29) - ce qui ne veut pas dire ici créateur. Il est prééminent dans les actes de création et de rédemption et pour cette raison est appelé Dieu même par Christ. Néanmoins le Fils et l’Esprit sont aussi Dieu.

Le Fils est le logos par lequel Dieu se manifeste. Il est appelé le Fils de Dieu par sa nature et son éternité (Mt 3 : 17) ; il est l’image de Dieu (Ga 1 : 15).

L’Esprit est celui qui donne la vie à la création et travaille comme immanent dans la création. II est saint parce qu’Il est Esprit de Dieu (Jb 33 : 4 ; Ps 33 : 6) Il procède du Père et du Fils (Jn 15 : 26). Qu’Il soit personnel devient évident dans le N.T. Les caractères de Dieu sont attribués à l’Esprit (Jn 15 : 36 ; 16 : 13s ; 1 Co 3 : 10ss).

C. Esquisse historique

Les éléments de la révélation néo-testamentaire ne nous donnent pas de doctrine trinitaire tout à fait définie. Le N.T. ne fait pas de synthèse de ces éléments. Néanmoins la présence des données posa la question à laquelle l’Eglise trouve une réponse en formulant une doctrine trinitaire8.

D. La doctrine formulée

1. Les trois grandes questions

a) Quel est le sens d’essence et d’être ? Ces mots parlent de la nature divine (sans considérer les modes d’existence) possédée également par les trois personnes, distincte de l’existence créée et possédant les attributs de Dieu.

b) Que veut-on dire par le mot " personne " ? Il indique l’existence dans l’essence divine d’une distinction. Il y a trois modes d’existences qui n’existent pas côte à côte (comme chez les hommes) mais dans et pour la Trinité. Dans un être divin, il y a une existence trinitaire. Ces trois personnes ne sont pas trois manifestations économiques d’une personnalité divine, mais l’Etre divin est tri-personnel. Quand la nature divine dans le domaine de la personnalité, la plénitude de Dieu est triadique.

c) Quel est le rapport entre " essence " et " personne " et entre les trois personnes ? Les personnes ne sont pas des modes de manifestation mais des modes d’existence de Dieu. Pour cette raison, les personnes différent l’une de l’autre sur le plan des rapports dans un sens éternel et immanent. La différence, en ce qui concerne leurs propriétés personnelles, est éternelle. Père, Fils et Esprit : La différence ne concerne pas leur priorité mais c’est une différence qui doit être considérée à la lumière des rapports entre les trois personnes.

2. Introduction aux rapports entre les personnes

B.B. Warfield a dit : " Il y a un seul Dieu. Le Père est Dieu. Le Fils est Dieu. Le Saint Esprit est Dieu ". Ceux-ci sont trois personnes distinctes. Ces titres impliquent qu’il y a des distinctions qui doivent être observées entre les trois personnes. Chacune est douée d’une fonction propre à sa personnalité. Paternité, filiation et procession sont les traits distinctifs des Trois. En sondant la manière dont ces rapports sont établis entre les trois personnes (la génération du Fils et la procession de l’Esprit) il faut dire que nous sommes devant le mystère de Dieu. La théologie de l’époque de Nicée dit que la génération du Fils consiste en la communication de l’essence du Père au Fils ; la procession de l’Esprit est la communication de la nature du Père et du Fils à l’Esprit. Cette spéculation est dangereuse, car elle n’a aucun soutien dans l’Ecriture. Calvin a justement critiqué cette formulation et il faut dire, avec lui que nous ne pouvons pas définir la nature de cette génération et de cette procession.

La constatation qui correspond le mieux avec le donné biblique est celle qui dit que Dieu est une personne et Dieu est trois personnes. Ceci garde intact le mystère ; maintient la particularité des personnes et leur unité essentielle, sans courir le risque du subordinationisme.

Cependant, il y a trois personnes, et il convient de dire que ces trois soutiennent des rapports dont il est question dans l’Ecriture. Avant d’aller plus loin dans le détail, résumons la nature individuelle des trois :

a) Le Père ; incréé, ingénéré : négativement on a décrit le Père par le mot agennesia, qui veut dire l’état d’être sans génération. Le Père seul est ingénéré et lui seul possède ce caractère (à ne pas confondre avec agenesia qui veut dire " sans commencement "). Tandis que le Père seul peut être désigné agennesia, toutes les personnes de la Trinité sont " agenesia ".

Positivement, le Père seul possède les caractères de paternité. Ce n’est pas la paternité humaine qui est appliquée à Dieu pour illustrer Dieu. Au contraire, Dieu est Père dans le sens complet du mot : Sa paternité diffère de celle des hommes :

- dans l’efficacité : Dieu engendre son Fils de et par Lui-même.

- éternel : la paternité de Dieu est sans commencement et sans fin.

- essentiel : la paternité appartient à l’essence même de Dieu (Ce n’est pas le cas chez les hommes où masculinité et paternité ne sont pas en corrélation).

Une réflexion de ces particularités montre la non-applicabilité de la critique freudienne au Père.

b) Le Fils : la filiation est le caractère distinctif du Fils (Jn 3 : 16 - monogenes - cf. Jn 1 : l4ss ; 1 Jn 4 : 9). Nous devons parler avec prudence de la génération du Fils. Dans Jn 5 : 26s nous lisons que le Père a donné au Fils d’avoir la vie en Lui-même : Parmi les hommes, la génération est incomplète, mais Dieu qui génère le Fils lui donne à avoir la même plénitude de vie en sa personne et comme sa possession. Cette génération est spirituelle et n’implique pas une division de l’essence de Dieu ou une séparation en Dieu. Le logos provient de Dieu le Père comme la parole humaine est inséparable de le pensée. Quand le Père existe, le Fils existe aussi. Le génération est de l’essence divine, c’est à dire que c’est une communication de l’Etre divin (Rm 9 : 5).

Mais le Fils n’est pas une créature qui dépend pour son existence de la volonté du Père. Il est éternellement avec le Père. Les désignations Père et Fils sont métaphysiques dans l’Ecriture. Si le Fils n’est pas éternel, le Père ne peut pas être le Père éternel non plus. Sans le Fils il n’y a pas de Père (voir la question de Mt 11 : 24). Le Père n’est jamais sans générer le Fils. La génération est perpétuelle dans le passé et dans le futur. Le Fils ne revient pas à l’être (voir les remarques précédentes sur les créatures). Mais dans la génération éternelle du Fils, Dieu est toujours en acte. Dieu n’est pas statique.

c) L’Esprit procède du Père et du Fils (voir plus loin) :Il est personnel, parce que généré par le Père et le Fils et c’est dans l’esprit que Père et Fils sont en communion. L’Esprit comme la personne communiante de la Trinité possède tous les attributs du Père et du Fils.