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XII. LELECTION ET LUNIVERSALISME Le problème de luniversalisme pose celui de la nature des témoignages bibliques qui nauraient pas toute lexactitude nécessaire pour quune doctrine exhaustive du sort final des hommes puisse être formulée. La fonction des écrits bibliques nest pas premièrement de définir une telle doctrine, mais dexhorter au salut en Christ. Ceci ne veut pas dire quil nest pas question de jugement dans la Bible - il existe des témoignages très clairs à ce sujet. Le jugement est fortement affirmé dans le N.T. et même dans lA.T., mais ses modalités restent parfois imprécises quant au moment, au lieu et à la manière. Quatre considérations simposent dans notre approche de la question : - Dieu est saint et juste et, conformément à sa nature, le péché exige une rétribution. Autrement Christ ne se serait pas donné pour les péchés. La question nest donc pas de savoir, même pour un universaliste, sil y aura un jugement, mais si ce jugement sera définitif. Il ny a que les " sentimentalistes " primaires qui refusent totalement lidée de jugement ; ce faisant ils abolissent la notion du salut. - la miséricorde de Dieu est infinie, et ne peut pas être saisie par une compréhension " finie ". Ceci ne veut pas dire que Dieu annulera le jugement divin à cause de sa miséricorde, comme nous pourrions le souhaiter, mais que le jugement divin est un acte de miséricorde que nous avons de la peine à concevoir, car la justice humaine manque très souvent de vraie compassion. - notre notion du temps est liée à celle de durée et nous ne saisissons quimparfaitement ce que veut dire ce mot " éternité ". - notre compréhension du rapport entre lamour et la justice de Dieu reste très limitée ; il en est de même pour les rapports entre les autres attributs de Dieu. Un dogmatisme qui établirait une équivalence entre notre compréhension actuelle et la réalité de léternité doit donc être écarté. Pourtant, il faut également rejeter le sentimentalisme qui veut faire son uvre généreuse et optimiste en sappuyant sur les silences du témoignage biblique. LEcriture en dit assez pour nous empêcher de tomber dans le postulat que tout sera renversé dans léternité. Il y aura une continuité entre le présent et létat éternel : même la lecture la plus naïve de Jn 3 doit nous en convaincre. Pour résumer Le problème posé par les données bibliques semble être le suivant : si les élus sont seuls à être sauvés, pourquoi leur nombre est-il tellement limité ? Le châtiment éternel des perdus nest-il pas hors de proportion avec leurs crimes, qui ont été commis pendant une période réduite dans le temps ? Quatre hypothèses sont présentées : toutes soulèvent des problèmes par rapport au témoignage biblique. 1. La doctrine classique Elle suit de très près certains aspects du témoignage biblique. Dans lA.T. déjà le " sheol " selon R. Charles (Eschatology) est un lieu de punition éternelle et définitive qui est devenu lenfer du N.T. Trois aspects du témoignage biblique sont utilisés dans cette construction : a) " éternelle " (aionios) est appliqué par la Bible à la punition des pécheurs. Le même mot décrit le sort des perdus et la bénédiction des sauvés (Mt 25 : 41 et 46 ; 18 : 8 ; Ju 7 ; Ap 14 : 11 ; 19 : 3 ; 20 : 10). Il est difficile daffirmer que ce mot sapplique à la qualité et non à la durée de la souffrance ou de la bénédiction. Le mot est employé pour indiquer la vie éternelle de Dieu et léternité du salut (Jn 10 : 28s). Rien ne permet de supposer une limitation. b) Le N.T. emploie des expressions équivalentes ; pour soutenir cette idée : " le feu qui ne séteint pas " ; " le ver qui ne meurt pas " ; les " ténèbres profondes ", etc. (Mt 3 : 12 ; 8 : 12 ; Mc 9 : 43-48). La porte est fermée sur ceux qui nont pas connu Christ (Mt 25 : 10 et 12). Il en est de même dans les Epîtres (cf. Hb 2 : 3 ; 6 : 6 et 8 ; 10 : 27 et 31 ; 12 : 25 et 29). Le blasphème contre lEsprit ne sera pas pardonné ni dans ce monde ni dans le monde à venir (Mt 12 : 32). Entre Lazare et lhomme riche, il y a un gouffre infranchissable. Plus étonnant est le fait que ce soit dans la bouche de Jésus même que la position classique puise ses arguments. De telles affirmations sont trop précises pour être de simples avertissements. Et sil y a avertissement, cest que derrière lui se dessine une possibilité terrible. Si Christ avait voulu enseigner la perdition éternelle, interroge la position classique, aurait-il pu le faire de façon plus explicite ? c) Deux aspects du jugement dernier sont présentés dans le N.T. : - il tient compte de ce qui a été fait pendant cette vie (2 Co 5 : 10). - il est décisif (Ap 12 : 11s). Aucune indication nexiste dans la Bible qui permette de penser quil sera renversé. Ce silence est une difficulté pour luniversaliste. Le point de vue classique doit aussi chercher à résoudre les problèmes suivants : 1) Théologique : pouvons-nous parler du triomphe de la croix, si des hommes sont perdus ? Le fait que le péché de certains mène à la mort semble remettre en question la sagesse du plan de Dieu. Si les hommes sont perdus, Dieu est-il définitivement vainqueur du péché, et sil leur applique une peine éternelle pour un péché temporel, est-il juste ? Cest ce genre de considération qui est à lorigine de luniversalisme hypothétique de Barth. 2) Psychologique : les représentations traditionnelles qui accentuent la nature corporelle de la punition ont été nuisibles à ce point de vue. Les textes bibliques parlent de souffrance spirituelle sous forme dimages ; une interprétation trop littérale de ces images est aliénante (cf. les représentations de lart du Moyen Age). 3) Sentimental : le plus grand obstacle. Un Dieu dont lamour est infini devrait sauver tout le monde. Si je suis sauvé, dit-on, et quil y ait des perdus, même un seul, je ne peux pas ladmettre ; je ne veux pas être sauvé dans ces conditions-là. Ce serait égoïste. 2. Lhypothèse de lannihilation Plusieurs passages bibliques suggèrent que lors du jugement, le châtiment de certains sera la cessation dexistence (Ps 37 : 20 et 38 ; 2 Th 1 : 7-9 ; Hb 10 : 26-28 ; Ap 20 : 14 ; 21 : 8). Le feu du jugement consume, et le jugement exécuté, la conscience est abolie. Cette position a été développée surtout au siècle dernier, même si lidée a toujours existé pour répondre au malaise occasionné par lidée dune souffrance éternelle. Cest, entre autres, la doctrine des adventistes. Elle apaise notre inquiétude quant à la durée et maintient la totalité de la victoire divine sur le mal, qui sera aboli. Elle semble éviter le dualisme suggéré par lhypothèse traditionnelle où le bien et le mal subsistent éternellement. Sa faiblesse provient de linsuffisance de preuves bibliques La mort dans la Bible nest pas une annihilation mais une séparation. Lannihilation, en tant que telle, conduit à penser que la création de millions dâmes aurait pu être un acte sans importance, anodin, de Dieu. Même si lon naccepte pas la notion grecque de limmortalité de lâme, il y a quelque chose dans lannihilation qui ne semble plus guère acceptable, sur le plan psychologique, que le châtiment éternel. De plus, quand Christ est mort pour les péchés des élus, son châtiment na pas été lannihilation : pourquoi donc les hommes souffriraient-ils un tel sort à cause de leurs péchés ? 3. La punition rétributive limitée Il y aurait une deuxième chance après la mort. Les croyants entrent dans la communion avec Dieu après le jugement, les autres ne le font que progressivement selon lapurement de leur dette et leurs progrès dans la sainteté. Certains qui persistent dans lincroyance seront perdus définitivement. On allègue ici Mt 5 : 25-26, Lc 12 : 46-48 et la prédication de Christ aux esprits en prison (1 Pi 3 : 19-20). Il est à peu près certain quil sagit dune fausse interprétation de ce denier passage, qui se réfère non à une descente aux enfers, mais à lascension de Christ. Cette position ressemble à la conception catholique du purgatoire. Sa faiblesse est quelle applique une notion humaine de la rétribution à la punition divine. Pourtant la notion biblique de probation se réfère toujours à lexistence terrestre. LEcriture ne semble jamais parler de conversion ou de rééducation dans lau-delà. De plus, un tel principe permettrait un salut par les uvres en dehors du Christ, contredisant ainsi le thème principal de la Bible. 4. Luniversalisme Il inclut deux classes de théologiens. Certains pensent que Christ est mort pour tous les hommes qui sont dispensés de la punition. Le jugement ne sera quune déclaration que tous bénéficient du salut. Dautres pensent (comme au § 3) quil y a aura une période de correction éducative après laquelle tous les hommes sinclineront devant lamour de Dieu. Plusieurs passages bibliques semblent nous conduire dans ce sens. Jn 3 : 17 parle de lintention de Christ : envoyé comme sauveur du monde (1 Jn 4 : 14). Co 1 : 20 et Ep 1 : 10 semblent indiquer une réconciliation de toutes choses en Christ. Rm 5 : 18 traite du don gratuit qui vient sur tous les hommes en Christ comme la mort atteint tous en Adam. 1 Tm 2 : 4-6 fait état de la volonté de Dieu qui vise le salut de tous les hommes. Finalement, Christ est la propitiation des péchés du monde (1 Jn 2 : 2). Deux idées fondamentales caractérisent luniversalisme : premièrement lamour de Dieu est infini, et pour cette raison finit par annuler toute opposition ; lamour est lattribut principal de Dieu et a le pas sur sa justice. Deuxièmement, lhomme est essentiellement bon et change de voie devant la persistance de lamour divin. Cette position est celle dOrigène et plus récemment, de Schleiermacher et du libéralisme. Dautres ne prônent pas un universalisme " dogmatique " mais ladoptent comme un espoir. Parmi les plus tenaces à défendre un universalisme strict se trouvent J. Hick et J.A.T. Robinson, qui misent tout sur lamour de Dieu et .excluent de facto la perdition. Barth soriente dans 1w sens dune apocatastase mais naffirme jamais le salut universel. Brunner critique Barth pour son universalisme latent et dit que cette position mine la doctrine chrétienne. Dans sa critique de la position de Robinson, T.F. Torrance affirme avec insistance que luniversalisme nest pas fondé bibliquement mais quil découle logiquement de lamour de Dieu et de ses implications. Dire que Dieu doit faire dans son amour, détruit lamour en tant que tel. et remplace la grâce de Dieu par notre notion de la liberté et de la justice divines. Un deuxième problème non moins grave est le suivant : devant lamour de Dieu,. le pécheur doit céder. Hick est très conscient de ce problème : il comprend que pour sauver tous les hommes, Dieu doit sauver aussi ceux qui ne veulent pas être sauvés. Aussi envisage-t-il un Dieu thérapeute dont lanalyse conduit lhomme à la maturité. La liberté de lhomme est ainsi minée et là où la responsabilité nest pas totale, il est difficile de parler de lamour. Finalement Torrance allègue une autre raison contre luniversalisme. Il est trop rationnel et, pour cette raison, ne peut pas admettre que le caractère du péché est avant tout son irrationalisme. La raison ne peut pas sonder la vraie nature du péché, qui se trouve toujours dans " Eli, Eli Lama sabachthani ". 5. lappui exégétique de luniversalisme Avant le 20e siècle38 la notion de châtiment éternel était atténuée par laffirmation exégétique que la punition du N.T. nétait pas définitive. " aionios " indique une période limitée pour la rétribution. Actuellement, peu dexégètes nient que le N.T. enseigne une division définitive des hommes. Pourtant cette position est relativisée par la mise en parallèle de ces passages avec les textes qui semblent proposer une espérance universaliste. Parfois, on dit que ces deux sortes de textes ont des intentions différentes. Luniversalisme est prédominant, car il représente la portée théologique du message ; les avertissements ne sont quexistentiels. Certains universalistes amplifient cette distinction en disant que luniversalisme du N.T. représente lesprit chrétien alors que les passages qui parlent du jugement sont dorigine juive. Il faut donc, examiner les textes " universalistes " : a) 1 Tm 2 : 1-6 : comment comprendre le mot " tous " ici et dans les autres passages où il paraît ? Dans ce contente " panton anthropon " est répété dans les versets 4 et 6. Le mot " pas " dans le N.T. se réfère non seulement à tout individu collectivement, mais peut recouvrir la notion de catégories39. Il peut être traduit " toutes sortes de ". Ainsi " pas ho laos " dans Jn 8 : 2 ne veut pas dire chaque individu. Dans ce texte donc, il nest pas illégitime de penser que le sens est que Dieu veut sauver des hommes de toutes sortes de condition. " thelo " a un sens fort et indique non pas un désir mais lintention ferme. Cette interprétation semble être soutenue par le fait que nous sommes exhortés, dans le contexte, à prier pour des hommes de classes différentes. b) De même, dans Rm 5 : 18 le fait que tout homme est justifié en Christ nindique pas nécessairement le salut universel. Cette interprétation serait donc " tous ceux qui seraient perdus en Adam seront sauvés en Christ ". Rm 11 : 32 pourrait être lu dans ce sens. A côté de cette exégèse universaliste, il y a celle qui consiste à comprendre le " tous " de façon organique. Le sens serait donc que tous les hommes compris en Adam sont perdus et que tous ceux qui sont récapitulés avec Christ sont sauvés. Christ est le chef dune nouvelle humanité qui constitue un corps organique avec lui. Tous dans cette humanité-là seront justifiés. Ce schéma ressort : Adam " tous " Christ " tous " Il est important de lire ce passage selon lanalogie de la foi ; le " tous " est qualifié par lobéissance de la foi. Paul précise cette pensée dans le contexte même ; la justification qui est le contenu de cette déclaration est obtenue par la foi (v17). Dans le N.T., la justification est toujours imputable à la foi, qui est, à la fois, don de Dieu et décision pour Christ. Un peu plus loin, Paul dit que " beaucoup " seront justifiés. Il envisage une nouvelle humanité organique justifiée par la foi, unie à Christ. Le pécheur qui na pas la foi est toujours identifié à Adam. Cette interprétation est celle de Bultmann qui insiste sur le fait que la justification de limpie est liée à sa décision de foi40, et qui, pour cette raison nie le caractère universliste de ce texte. c) Dans Tt 2 : 11, Paul déclare que la grâce de Dieu " source de salut pour tous les hommes a été manifestée ". Dans le contexte, référence est probablement faite aux classes sociales mentionnées dans la première partie du chapitre. La grâce de Dieu touche les hommes tous indépendamment de leur classe, y compris les esclaves qui navaient pas de statut social à lépoque du N.T. (1 Tm 6 : 10). d) Un autre passage sujet de contestation est 2 Pi 3. Le verset 9 dit que Dieu ne veut pas la perdition (boulomaïa indique, à la différence de thelo, le désir de Dieu, et non sa volonté secrète). Ce passage a pour arrière plan Ez 18 : 23-32. Ainsi la dispense de jugement sexplique en raison de loccasion donné à lhomme de se repentir. Dieu retarde le jugement non parce quil espère ce qui ne peut être, mais parce quil est réticent à lidée de réaliser ce qui doit lêtre. e) Dieu est soter de tout homme dans 1 Tm 4 : 10. Trois fois dans les Pastorales le mot sozo est utilisé dans le sens dune " préservation " non sotériologique (2 Tm 4 : 18 ; 1 Tm 2 : 15, 4 : 6 ; cf. Mc 8 : 35, 15 : 30). Le salut comme préservation de la vie est un thème courant dans lA.T., particulièrement dans les Psaumes. f) 1 Jn 2 : 1-2 peut être interprété de trois façons : - comme une déclaration universaliste. - la position augustinienne : Christ se sacrifie de façon adéquate pour couvrir les péchés de tous les hommes, mais sa mort est efficace par grâce pour les élus ; Christ est mort pour tous les hommes, mais pas de manière égale pour tous. Il meurt de façon efficace pour les péchés de son peuple, mais non pour tous, bien que sa mort soit un appel pour eux aussi (Mt 1 : 21 ; Jn 10 : 15, Jn ; Ep 5 : 25). - une interprétation probable est que Jean écrit pour les juifs convertis. Il sagit de leur faire comprendre que Christ est mort non seulement pour les païens (Jn l1 : 52). Enfin les grands appuis des universalistes sont Col 1 : 20 et Ep 1 : 10. Ces textes sont loin daffirmer le salut de tous les homes même sils parlent de la réconciliation de toute chose. Léquivalence entre réconciliation et salut nest pas démontrée ici. Cette interprétation oublie que lon peut fléchir le genou devant Christ comme juge et être soumis à sa souveraineté dans le jugement sans pour autant être sauvé. Les passages " universalistes " le sont uniquement en apparence. Je considère comme correcte lidée dE.A. Blum41 quand il commente : " le soutien principal de luniversalisme nest pas lexégèse biblique, mais une idée humaniste de lamour. Si nous sommes universalistes, cest que lhumanisme a pris le pas, dans notre interprétation sur le message biblique. " Il ne faut pas oublier que chaque texte se lit dans le contexte de lEcriture entière et quaucun texte isolé ne peut fonder une doctrine de le foi. La foi est toujours faite de contradiction apparentes comprenant tous les textes de la Bible. 6. Election et universalisme Ceci nous conduit à reconsidérer le paramètre de lamour divin. Nous créons un problème dinterprétation si nous abordons lEcriture avec une idée non-biblique (logique/numérique) de ce que " tous " veut dire, pour lappliquer à chaque cas. Dans certains des passages considérés, lintention de lapôtre nest ni daffirmer, ni de nier un universalisme de lamour divin par référence à des individus. Cest douteux quune telle question ait été présente dans lesprit dun juif du 1er s. Dans la plupart des cas examinés, les écrivains disent que Dieu manifeste son amour aux hommes indépendamment de leurs caractères subjectifs. Il nest pas dans lintention des écrivains de dire si cette offre est efficace pour le salut. Dans dautres passages, tels que Rm 5, le " tous " nest pas incompatible avec lélection, mais il se définit par référence à la solidarité corporative, le " en Christo " qui réalise lélection. Lélection divine se réalise dans " tous " ceux qui sont en Christ. Nous pouvons donc examiner un double problème herméneutique. a) Le rapport entre universalisme et élection Paul , considéré comme le plus " universaliste " des apôtres (il est lapôtre des gentils !) peut également dire dans 2 Th 1 : 7s quil y aura une séparation à la fin des temps. Nous pouvons plaider, uniquement par ignorance quil y aura une éducation origénique après la mort car le N.T. nen souffle mot. Mais, soyons clairs, si nous adoptons la thèse de luniversalisme, la doctrine biblique de lélection( si bien attestée) devient un non-sens. Il en es de même pour lélection de Christ comme " agneau immolé avant la fondation du monde " dans le pacte de la rédemption. Si tous doivent être sauvés pourquoi Christ est-il venu mourir pour des hommes qui, dans lhistoire, le refusent ? Lincarnation est, après tout, un événement historique qui vise le rachat. La notion biblique délection devient incompréhensible : est-il possible de dire que Dieu choisit quelques uns, mais sauve tout le monde ? e? Si, par contre nous, commençons notre démarche herméneutique à partir de la notion délection, nous éliminons luniversalisme illimité et individualiste, car lEcriture naffirme jamais que Dieu a élu tous les hommes. Au contraire, la notion biblique implique le " choix ", même si on ne doit pas utiliser le mot " sélection ", comme le fait Lacueva dans " Luvre de la Grâce ". Dans cette discussion, il faut donc commencer par laspect le mieux attesté dans le corpus biblique a savoir, personne ne le niera, la doctrine de lélection. Notre notion de luniversalité est donc comprise à partir delle. Si nous commençons avec luniversalisme, pour définir notre idée de lélection, nous introduisons une contradiction dans le corpus biblique et aussi dans lenseignement de Jésus et de Paul. Et dans ce cas, luniversalisme enseigné par lEcriture nest pas digne de notre confiance : il nest quune idée contredite par dautres. Le tissu biblique a éclaté. b) Luniversalité de lamour de Dieu : LEcriture nous parle de lamour divin de façon très nuancée. Cest une notion qui a une multitude de facettes et de degrés. Ces aspects sont présents dans lA.T. mais aussi dans lenseignement de Jésus et de Paul. 1) La philanthropia divine sétend aux justes et aux injustes selon la grâce commune de Dieu. Lamour de lennemi a pour modèle lamour de Dieu (Mt 5 : 43ss). 2) Le salut qui révèle lamour divin a une application organique et cosmique dans le N.T. La vie de Christ est donnée pour le salut du monde : pour une humanité et un cosmos recréés. Le but divin est le palingenesia, mais cette humanité restaurée ne comprend pas nécessairement tous les individus. Dans Ephésiens et Colossiens, cet amour a une portée qui comprend la réconciliation de toutes choses. Lélection a pour but la présence, dans cette récapitulation, des enfants de Dieu. LEglise est " la plénitude dont Christ est le chef " (Ep 1 : 22-23). 3) Un troisième niveau sera la manifestation de lamour de Dieu à travers les bienfaits généraux de la croix, pour tous les hommes. LEvangile restreint le mal ; cest le temps de la patience divine. Dieu déclare sa compassion pour le pécheur, il désire réellement son bien sans rendre efficace ce désir dans tous les cas (voir Lc 19 : 41ss). Dieu a de la compassion pour les hommes quil ne sauve pas. Sa volonté nest pas guidée par sa seule compassion, mais aussi par sa sagesse. Elle est souveraine et détermine la raison profonde pour laquelle Dieu ne sauve pas tous ceux dont il peut avoir compassion. 4) Lamour paternel de Dieu envers ses enfants est spécifique et sotériologique. Christ donne sa vie pour ses brebis (Jn 10) ; ceux qui ne. sont pas de Christ ne lécoutent pas (v26ss). Christ prie particulièrement pour ceux que le Père lui a donnés. Dans les synoptiques, Jésus parle toujours du Père avec " votre, leur, mon " mais jamais " du " Père, sauf dans un sens strictement trinitaire. Paul dit que " le Seigneur connaît les siens " ; les enfants spirituels commencent leur vie nouvelle par la justification qui est un acte dadoption. Lamour-compassion de Dieu se matérialise pour les saints. Cet amour est enraciné dans la vie éternelle de Dieu. Ces aspects de lamour divin sont complémentaires, et il nest pas faut pas les séparer les uns des autres de façon logique et artificielle. Les formes " inférieures " de la compassion divine mènent lhomme à contempler la richesse de son amour électif. Pourtant il ne faut pas les confondre et penser que lamour divin doit être lamour qui sauve. Enfin lamour de Dieu et sa colère contre le péché ne sexcluent pas lun de lautre. Lamour permet la punition et, dune façon mystérieuse et intense, exige la punition. Dieu est un Dieu jaloux. Le pécheur, de son vivant, connaît lamour et le déplaisir de Dieu dans les expériences de son existence, parfois de façon simultanée. En sera-t-il autrement dans léternité ? Dieu jugera avec amour, mais de façon juste. Cette conception nous permet de percevoir le vrai universalisme biblique. Il y a un seul Dieu qui ne se contredit pas, un Evangile et un salut par un médiateur. En Christ, lamour et la justices divines sembrassent pour notre réconciliation. Ce salut est pour tous les hommes, car Dieu est luniversel ultime. Mettre lélection et luniversalisme du salut côte à côte, cela implique quil y a ultimement plus dun salut, plus dun sauveur et, peut-être, plus dun Dieu.
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